Toute théologie est misogyne et la hargne des prêtres poursuit les femmes jusqu’au ciel. Avec subtilité, ils se demandent si elles gardent là-haut leur sexe. ´Elles le garderont pour leur honte, assure Tertullien. Elles auront même ce flux de sang qu’un sexe débile ne peut résorber.ª Saint Jérôme et saint Basile savent qu’elles n’auront plus de sexe du tout: seul l’homme gardera le sien. Mais à quoi servira-t-il, si elles n’auront plus le leur?
Ne riez pas, bonnes gens, car la sottise, selon saint Thomas, est un péché grave et même le pire de tous si l’on songe aux conséquences.
Dès lors, qui fut le plus coupable d’Eve ou d’Adam? Didyme, gêné par l’évidence, finit par lâcher: ´Eve fut plus coupable puisqu’elle fut plus punie.ª Pétition de principe qui prouverait seulement que la justice divine ne vaut pas mieux que la nôtre. Cet antiféminisme viscéral a même estampillé des clercs en voie de libération comme Luther, Erasme, Giordano Bruno ou Rabelais.
La mère chrétienne pourrait envier la matrone, laquelle, comme le pater familias, sacrifiait aux dieux du foyer. Et surtout, elle dirigeait l’éducation des enfants, administrait le patrimoine. Saint Paul, gêné par son indépendance, jugea nécessaire de remettre la femme sous le joug du mari: ´Qu’elle se voile et qu’elle se taise!ª
Ecartées du sacerdoce, les rares femmes admises au Concile de Vatican II devaient se taire et écouter: leur nom officiel d’auditrices définissait parfaitement leur rôle.
Au couvent, il est inexact de dire que telle jeune fille a reçu les ordres: en réalité, elle a pris le voile. Mais il n’en fut pas toujours ainsi: elle s’affichait jadis sans retenue. Prédicateurs populaires du Moyen Age, Menot, Jean Hénolt, Olivier Maillard, Guillaume Pépin, Jean Clérée traitent couramment les femmes (oies) de filles du diable – ´Et vos, maquarellae quid dicitis?ª (Maillard). A ceux qui demandaient si le Christ aurait pu naître femme, Gautier de Saint Victor répond par l’injure: ´Il faudrait écraser avec mille marteaux la bouche empestée qui blasphème ainsi.ª
Il faut surtout enchaîner la femme par les livres saints et les textes de procédure: Napoléon, s’attribuant le Code civil pour ne s’être occupé que du divorce dans son propre intérêt, justifia l’incapacité juridique de la femme mariée par cet argument: ´L’arbre qui produit les fruits est la propriété du jardinier…ª Cette clause n’a été levée – avec restriction – que par la loi du 18 février 1938.
La misogynie des religions vient d’un tronc commun: le subconscient masculin. De là l’insulte ou le dithyrambe. Mais les religions ont des raisons personnelles de suspecter la femme: le dualisme chair-esprit. Il crée chez l’homme une névrose contre laquelle lutta la Renaissance païenne et que soigne de nos jours la psychanalyse. La grande cause de ce conflit est la femme tentatrice: sa chair est trop éclatante avec ses exubérances, ses rondeurs, ses pleins, ses déliés, ses monts, ses plaines et ses vallées. Carte en relief où se noient les géographes en rut.
Echec au surnaturel, la femme est naturelle. Simplement instinctive, elle est la nature. Est bien ce qui profite à ceux qu’elle aime, mal ce qui leur nuit. Force cosmique dont parle Dante: ´Che move il sole e le altre stelle.ª Cette fatalité les absout à leurs propres yeux.
Anna de Noailles dit que la femme aime son animalité et s’en flatte: ´Amants, ayez pitié de ces bêtes divines!ª et, pour elle-même et ses sœurs (Les Forces éternelles): ´Lorsque leur turbulent et confiant désordre / S’abat entre vos mains dans leurs instants sacrés, / C’est l’immense univers qui leur donne des ordres / Et vous n’êtes jamais qu’un répit préféré.ª
Roger Peytrignet


