» Si l’ecclésiastique demande à être absous non seulement du péché de fornication mais aussi du péché contre nature ou bestialité, il devra verser dans les coffres papaux 219 livres et 15 soldes. Mais s’il ne commet qu’un péché contre nature avec des enfants ou des bêtes et non avec une femme, il ne paiera que 131 livres et 15 soldes. »
Deuxième canon de la Taxa Camarae, promulgué par le pape Léon X.
Augustin, évêque d’Hippone (354-430), reconnu comme saint, c’est-à-dire « digne d’un culte de dulie pour être essentiellement pur et souverainement parfait », père de l’Eglise et des théologiens que l’Eglise catholique a mythifié comme penseur d’une extraordinaire sagesse alors qu’il ne le méritait pas, ne fut qu’un homme habile, de formation intellectuelle insuffisante, sans rigueur ni méthode, un homme profondément ambitieux, égocentrique, autoritaire, violent, ne vivant que pour l’imposition de ses critères: il utilisait la polémique, le discrédit, ou l’élimination de ses opposants lorsqu’il n’en venait pas à bout autrement.
Il vécut soumis à une énorme culpabilité religieuse/existentielle, et dans la plus grande partie de son œuvre il essaya de faire passer pour philosophie ce qui n’est qu’une théologie dont le fondement est pratiquement nul. Son contemporain, le savant Julien, évêque d’Aeclanum, appelait Augustin patronus asinorum, le patron de tous les ânes, et, de nos jours, le philosophe émérite José-Maria Valverde1, nous permet d’approfondir la dramatisation confessionnelle et pathétique qui anime la pensée et l’œuvre de l’évêque d’Hippone.
Augustin, qui nous confesse « qu’il avait épuisé ses forces dans la luxure et la prostitution », eut toujours un grand besoin de femmes. Il vécut longtemps en concubinage, puis prit pour fiancée une fillette de 10 ans2, et en même temps, une maîtresse adulte; jusqu’au moment oú, accablé par ses excès de chair, il initia une croisade contre le plaisir sexuel, qu’il qualifia de « monstrueux, diabolique, maladif, aliénant, puis nauséabond » et condamna fanatiquement ce qu’il définit comme « la concupiscence dans le mariage ».
Dans cette croisade entreprise par l’évêque d’Hippone, la femme, évidemment, fut signalée comme l’être maudit et méprisable qu’il fallait soumettre et annuler, et cette empreinte pathologique fut gravée au fer rouge et demeure gravée au fer rouge dans l’esprit théologique et vital de l’Eglise catholique et de ses prêtres.
A partir de la satanisation de la femme par Augustin, et vu que le clergé ne rabaissa jamais son niveau de relations sexuelles, l’Eglise adopta la coutume de condamner plus sévèrement la femme concubine d’un prêtre que le prêtre qui partageait sa couche. Celui-ci, tout au plus, se voyait obligé de remettre quelque argent à son évêque, argent que l’Eglise appelle la rente des putains. La femme, par contre, était punie durement et publiquement. Ainsi, par exemple, le concile d’Augsbourg (952) décréta que les concubines des prêtres devaient être fouettées et qu’on devait leur raser la tête. Des décrets postérieurs déclarèrent esclaves les épouses des prêtres3. On les expulsait de force du domicile conjugal avec l’aide du pouvoir civil et on interdisait le mariage aux filles des prêtres.
Dans la société actuelle, au grand regret des évêques et des cardinaux, la femme concubine d’un ecclésiastique ne peut plus être fouettée sur la place publique mais on s’arrange pour la vilipender et l’obliger à vivre dans l’opprobre général. Le mépris que les prélats, et beaucoup de prêtres qui ont dépassé la cinquantaine, ressentent envers elle nous montre bien que peu de chose a changé au cours des siècles, mais disons que les formes que le clergé, soutenu par les ouailles bien pensantes, utilise sournoisement pour les humilier et les exploiter dans le travail et sexuellement, puis les punir, sont devenues plus perfidement discrètes.
Pour la mentalité cléricale dominante, la femme, dans son aspect affectif et sexuel, représente toujours une gêne qu’il faut éliminer, et cela dans la majorité des cas de prêtres qui maintiennent habituellement des relations sexuelles avec des femmes.
Tous les témoignages de femmes indiquent que les prêtres qui ne se sécularisent pas ni ne se marient utilisent leurs amantes féminines comme de simples objets de consolation sexuelle et qu’ils ne se privent pas de les jeter hors de leur vie dès qu’elles la leur compliquent, ou dès que l’âge diminue considérablement leur fougue et leurs besoins, ou dès que l’aventure amoureuse leur fait courir le risque de perdre leurs privilèges économiques.
Lisons ce qu’écrit le théologien Hubertus Minarek: « Dans le cadre de la formation théologique, ascétique et spirituelle, les prêtres ont écouté plus d’une fois les mots qui leur indiquent que, au cas oú ils tomberaient amoureux d’une femme, l’amour et la fidélité à l’Eglise, comme épouse du Christ, doivent avoir leur préférence absolue. En conséquence, ils doivent considérer comme le plus noble des sacrifices le fait de libérer la femme (traduisons: la jeter dans le fossé) pour pouvoir servir à nouveau Dieu et son Eglise sans avoir à partager leur amour. »
Le cynisme ecclésiastique et le mépris envers la femme comme être humain se sont exprimés à travers l’encyclique constamment citée de Paul VI, Sacerdotalis Coelibatus, oú le pape « rend grâce à Dieu lorsqu’il observe que ceux qui ont été infidèles durant un temps ont utilisé avidement tous les moyens et tous les appuis appropriés – mortification, humiliation, dure lutte spirituelle et fréquent sacrement de la confession – pour, avec la grâce du Saint-Père, être à nouveau d’exemplaires serviteurs pour la joie de tous (num 90) ».
Les prêtres infidèles, c’est-à-dire sacrilèges selon le droit canonique, que Paul VI désigne dans cette encyclique comme « ces malheureux mais par-dessus tout frères aimés » acquièrent ainsi toute la force de la protection et du pardon d’une institution viscéralement machiste qui traite la femme avec malveillance. Dans le clergé, on considère vertueux, héroïques, les fieffés coquins qui, après avoir maintenu une relation affective et sexuelle avec une femme et avoir eu des enfants avec elle, l’abandonnent froidement pour aller se réfugier dans les bras de leur Sainte Mère l’Eglise. Et de cette femme esseulée et humiliée, personne ne se préoccupe ni ne s’occupe. Normalement la charité chrétienne maximale consiste à lui conseiller de prier pour elle-même et pour le prêtre qui l’a laissée pour compte, à l’exhorter à se repentir de son profond péché de sacrilège et de conserver la bouche bien fermée pour le bénéfice du peuple de Dieu.
Mais il arrive que le silence complice a ses limites et que par la femme bernée le scandale arrive: l’un des plus notables scandales de l’Eglise catholique européenne actuelle fut celui qui, en mai 1992, obligea Eamonn Casey, évêque du diocèse irlandais de Galway, à démissionner. Le très conservateur évêque qui défendait haut et fort le célibat des prêtres et combattait férocement le divorce et les contraceptifs, se lanÁa en 1973 dans une intense aventure amoureuse qui dura dix-huit mois avec la citoyenne américaine Annie Murphy. De cette aventure naquit un petit garÁon, Peter, dans l’hÙpital Rotonde de Dublin. A partir de cette naissance, l’évêque interdit sa porte à Annie et l’obligea à se loger dans un foyer catholique pour mères célibataires. Annie menaÁa Casey d’un scandale public et il se vit obligé de verser une somme pour les besoins journaliers de son fils: 175 dollars par mois. En juillet 1990, il ajouta une somme de 16000 euros qu’il sortit d’un compte courant diocésien. Mais Annie, qui ne pouvait admettre que Casey refusât de parler avec son fils, ne fusse que par téléphone, rendit publique la relation. Casey dut donner sa démission.
Le Père irlandais Pat Buckley nous signale: « Les évêques et les diocèses disposent de fonds secrets et extra-officiels pour l’entretien de la mère et de l’enfant. Quand le prêtre-père refuse de se séculariser et de se marier (bien que, depuis le début de l’aventure, il ait affirmé le contraire à la femme pour la séduire) ou choisit de conserver son statut de prêtre, l’Eglise paie mais exige que le prêtre émigre vers de lointains pays et ne revoie jamais la mère de son enfant ni son enfant. » On voit donc que tous les prélats du monde peuvent disposer arbitrairement de notables sommes d’argent qui procèdent des fonds diocésiens et sont extraites des quantités destinées aux aides sociales et œuvres de bienfaisance. Avec cet argent, les évêques couvrent de la meilleure façon possible les aventures sexuelles de leurs prêtres, et, quand ils doivent faire face au scandale public, s’empressent de payer une pension aux enfants de leurs « chers fils ou frères », mais seulement si la femme trahie a encore assez de force pour se lancer dans une lutte ouverte. Généralement, du moins en Espagne, l’enfant issu de la relation clandestine d’un prêtre est confié aux nonnes. Celles-ci le « négocient », c’est-à-dire le vendent, sur le marché lucratif des adoptions irrégulières. Voir Le drame du mineur en Espagne du P. Rodriguez, p. 295 à 317. On y explique ce trafic illicite de bébés, et même l’ONU reconnaît la participation habituelle de nonnes et de prêtres espagnols dans ce commerce frauduleux. Nous exhortons donc ici les femmes qui ont été abusées ou trompées à ne pas prier pour elles ni pour leurs abuseurs mais à réclamer devant les tribunaux ce qui leur est d° et à ne pas hésiter un seul instant à dévoiler publiquement les abus de toutes sortes. Et, surtout, elles ont le devoir de lutter sans repos pour conserver leurs enfants près d’elles puisqu’elles les ont obligés à naître dans des conditions conflictuelles dont ils ne sont pas responsables. Rappelons le traumatisme sans remède de la grande poétesse espagnole Rosalia de Castro, fille de prêtre, et regrettons que la splendeur de son œuvre serve de justification pour tous ceux qui soutiennent inconditionnellement les délits du clergé.
Disons aussi avec respect qu’il existe des prêtres honnêtes qui assument leur situation affective, sollicitent la dispense de leurs vœux et se sécularisent pour se marier et former une famille. Ces prêtres loyaux sont toujours considérés par l’Eglise comme « traîtres et déserteurs ». L’encyclique Sacerdotalis Coelibatus de Paul VI stigmatisait sans pitié les prêtres sécularisés et aimait à signaler qu’ »ils étaient peu nombreux en comparaison de ceux qui se montraient psychiquement sains et dignes », ce qui veut dire que le clergé qui n’agit pas avec hypocrisie et méchanceté est mentalement malade et méprisable. Le cynisme du Vatican est réellement pathétique. N’hésitons pas à ajouter que le mépris que sentait Paul VI pour les femmes n’avait d’égal que son amour pour les hommes. De nos jours, le pape Wojtyla (n.d.l.r.: article écrit avant le décès de Jean Paul II), fanatique intégriste et habile manipulateur de masses avec l’aide de ses influents associés de l’Opus Dei, méprise ouvertement le mariage qui « ne doit exister que pour la troupe », selon la fameuse phrase d’Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei. Verdict impitoyable qui marginalise la femme et tout ce qui la représente.
Actuellement selon les témoignages confidentiels des prêtres eux-mêmes, plus de 60% d’entre eux maintiennent des relations sexuelles de forme habituelle. D’autres enquêtes donnent une moyenne de 80%. On a parfois cependant le douteux privilège d’entendre dire à des prêtres dont la concubine est connue depuis des années que « les quelques compagnons malades qui ont recours à la femme méritent la guillotine ».
Voyons maintenant les conditions psychologiques dans lesquelles la « fiancée » d’un prêtre doit vivre: si elle n’est pas exceptionnellement solide, elle ne pourra faire face aux pressions et aux incompréhensions de toutes sortes. Si elle ne prend pas ses jambes à son cou le plus vite possible, elle ira infailliblement vers la dépression et la ruine si elle vit dans une petite ville de province et possède sa propre entreprise. Pour sa famille et la plupart de ses amis, voisins ou clients, c’est une dévergondée ou pis encore. Pour les évêques, c’est une putain. Pour son compagnon prêtre, il arrive qu’elle soit « une impatiente et une égoïste qui ne comprend pas les coutumes compliquées de la Mère Eglise », phrase explicite extraite d’un témoignage. Elle a le devoir absolu d’être compréhensive avec tous quand personne ne se montre solidaire avec elle. La « fiancée » d’un prêtre doit se taire, attendre et transiger sur tout. Elle n’a aucun droit, elle n’a que des obligations. Elle doit rester en dehors des activités et des succès de son bien-aimé, mais doit supporter en privé ses frustrations et ses échecs. Elle ne peut se rebeller contre la situation qui l’opprime car elle nuirait au statut clérical et social de son compagnon. Elle doit s’humilier et ruiner sa propre vie dans une longue attente remplie de vides qui n’a pratiquement jamais de fin heureuse. Elle doit respecter les prélats qui la méprisent et doit se taire et baisser la tête devant les porteurs de soutane qui ne cessent de chuchoter derrière son dos ou sans dissimulation aucune, mais par contre ne critiquent jamais son compagnon. Elle est l’otage d’un amour mal choisi et son compagnon est l’otage d’une loi canonique. Il se trouve qu’à cette double situation d’otages on donne le nom d’amour alors qu’il ne s’agit que d’un esclavage. Rappelons le cas de l’institutrice Clara P. de Majorque qui vécut durant vingt ans avec le prêtre Toni Oliver, mort en 1994. Tous ceux qui, depuis son décès, prétendent effacer du registre historique une des facettes les plus humaines du Père Oliver appellent désormais Clara « la loca », la « folle ».
Par contre, l’écrivaine Luise Rinser, à l’âge de 83 ans, s’est permis le luxe de faire justice à son histoire en publiant les lettres d’amour que lui écrivait Karl Rahner, prêtre jésuite qu’on considère comme un des théologiens les plus importants du XXe siècle. Dans le livre qui a pour titre Lettres d’une Amitié, Luise Rinser transcrit les 1800 lettres que Rahner lui écrivit alors qu’il était professeur de dogmatique à Innsbruck: « Mon petit poisson, ne mange pas trop. Si tu le fais, tu grossiras et tu ne me plairas plus. Ton petit chou. » Il est évident que l’intérêt de ces réflexions est discutable, mais dans les cercles cléricaux on a vécu la publication de ces lettres comme un énorme scandale. L’Eglise catholique ne peut pas grand-chose contre la flamme, littéraire ou non, de ses prêtres envers leurs amantes, mais ce qu’elle ne tolère pas c’est que ces amantes aient une plume et des éditeurs!
Nous avons vu au début de cet article que pour Augustin la femme était la serve, l’ennemie, l’instrument sexuel et provocateur, le démon le plus nauséabond. Presque toutes les religions coïncident dans cette attitude avilissante qui s’oppose à une égalité effective entre l’homme et la femme, mais le sommet atteint par la hiérarchie catholique ne peut être dépassé. L’infériorité physiologique, morale, juridique et politique de la femme a été et continue d’être, ouvertement ou par-derrière, un des principes essentiels de « l’anthropologie catholique », et est la cause et en même temps la conséquence du célibat obligatoire du clergé et de l’interdiction du sacerdoce féminin. On a dit que la proclamation abstraite de l’égalité devant la loi, parfaitement compatible avec les discriminations les plus abjectes, est le principe clé de ce que Brodski appelle « l’idéologie du cow-boy ». La hiérarchie catholique ne parvient même pas à atteindre l’idéologie du cow-boy, pas plus que l’égalité abstraite. La femme est indigne du sacerdoce, indigne d’être épouse ou compagne d’un prêtre. Concubine ou femme publique, pas plus. « Soulageuse sexuelle » est le rôle qui finalement lui convient le mieux. C’est un rôle qui ne dérange personne. Une soumise, une souffrante, une patiente et muette petite brebis de Panurge.
Cette réalité constitue une perversion juridique, une dissociation honteuse entre la loi ecclésiastique et la justice, entre l’attitude de la hiérarchie vaticane et la dignité de la femme, entre la culture de la soumission et les droits humains les plus élémentaires. C’est le point de départ et d’arrivée des barbaries et des iniquités de tout acabit. Mais si cette inégalité s’accompagne de coaction, la misère juridique atteint son zénith. L’imposition du célibat et par conséquent la négation du droit de la femme à jouir d’une situation sociale acceptée de tous conduit nécessairement à l’occultation et au recel d’inévitables transgressions qui incluent l’abandon de la femme et de l’enfant, le viol, l’avortement, la maltraitance. Rappelons la très juste réflexion de Sénèque Sur la Clémence: l’occultation d’un crime conduit à d’autres crimes.
N’oublions pas non plus de signaler que le mépris manifesté envers la femme a toujours convenu et convient aux perspectives et réalités patrimoniales qui n’ont rien à voir avec le règne de l’esprit. Le spectacle brutal des épouses des prêtres agressées par les ecclésiastiques à partir du XIIe siècle montre bien que l’Eglise prétendait imposer par la force son intégrité patrimoniale et non son intégrité morale. Avec l’imposition de la loi du célibat obligatoire, elle exerce un pouvoir abusif et dictatorial sur tous ses travailleurs: il s’agit bien d’une stratégie de type économique qui réduit le coït de l’entretien de sa liste sacrée d’employés et augmente ainsi son patrimoine institutionnel. Si la femme entre dans la vie du prêtre de façon autorisée, l’institution devra tripler, du moins en Espagne, les salaires actuels. Actuellement 2% des impôts du pays est destiné à l’Eglise. N’oublions pas non plus les héritages des prêtres célibataires qui finissent par atterrir dans les caisses de l’Eglise.
Et quel sens de la justice religieuse peut avoir la femme utilisée par un prêtre comme objet sexuel et clandestin? Ou la femme maltraitée ou abandonnée par ce même prêtre après une brève aventure? ou la femme utilisée comme fausse femme de ménage de la sacristie? ou la femme enceinte d’un prêtre à qui un évêque demande froidement d’avorter?4
Quelle protection juridique et humaine peuvent attendre les enfants nés des relations dites « sacrilèges »?
Quel sens du droit peut alimenter l’âme des fillettes sournoisement manipulées durant des exercices de convivialité par des fonctionnaires de Dieu? Et de quoi est fait ce Dieu qui ferme les yeux et détourne la tête pour ne pas être témoin d’une telle convivialité?
Quel sens de la loi divine peuvent avoir toutes les jeunes filles violées impunément par les ministres de l’Eglise protégés par la « prudence » de leurs chefs qui transforment en aberrant et vil un des éléments les plus beaux de la communication humaine?
Quel sens a le saint sacrement du mariage pour un évêque qui recommande à son prêtre qui vient lui demander conseil: « Si tu veux vraiment avoir des relations avec une femme choisis une femme mariée, ça ne se verra pas. »
Comment expliquer la façon logique que Rome ait permis en Hongrie la consécration clandestine d’hommes mariés comme prêtres et évêques pour ne pas attirer l’attention du régime de Staline sur leur fonction religieuse? Depuis la suppression du mur de Berlin, le Vatican n’a pas officiellement résolu cette situation tant elle craint que les prêtres soumis au célibat présentent de justes revendications.
Et enfin, comment parvenir à toujours cacher les très particulières missions pastorales, comme celle qui causa la mort du prestigieux cardinal Jean Daniélou qui, selon ses acolytes, « s’en fut à la rencontre du Dieu vivant dans l’extase de l’apôtre ». La vérité est que l’extase, dont la flèche fut mortelle, eut lieu dans les bras de la pécheresse publique Mimi Santoni, de 24 ans, fameuse danseuse de strip-tease dans un cabaret parisien. On sut plus tard que le Père Arrupe, le cardinal Villot, le nonce apostolique et le supérieur des jésuites de Paris étaient parfaitement au courant de ces missions pastorales épuisantes.
Le spectacle offert par le Vatican durant la conférence du Caire Peuplement et Développement ne soutient que des positions contraires à la liberté, à la culture et aux droits humains basiques de la femme, faisant alliance une fois de plus avec toutes sortes de fondamentalismes, de tabous et de croisades inquisitoires contre la liberté sexuelle et de conscience: une nouvelle preuve de l’impérialisme moral et colonisateur, éthique et juridique, de la hiérarchie ecclésiastique. Son obsession répressive face à l’avortement (à l’exception de celui que choisit l’évêque pour donner une solution facile à ses prêtres) et face aux contraceptifs (qu’elle recommande sans hésitation à ses prêtres), son insistance machiavélique pour que la femme qui avorte soit poursuivie comme une vulgaire délinquante avec ceux qui lui prêtent une aide bienveillante, ne peut que nous rappeler la lettre « A » écarlate qu’on appliquait sur la poitrine des adultères de Salem et les emprisonnements ou les condamnations à mort de Tolède qu’exigeait le dominicain Torquemada.
Que cela plaise ou non à certains et à certaines, le poids institutionnel que l’Eglise catholique prétend avoir sur l’ensemble de la société nous oblige à étudier en liberté et en profondeur toutes ses réalités et à les évaluer avec lucidité et sans complaisance aucune. L’ingérence de l’Eglise dans la morale publique et privée fait que tout ce qui concerne la femme en rapport avec l’Eglise doit être abordé à partir du débat public; notre souhait est qu’au cours de ce débat public la société laïque ne fasse pas preuve des mêmes capacités de cynisme, de mensonge et de recel que celles qui caractérisent la hiérarchie de l’Eglise et son clergé.
Mélanie Lafonteyn
1 Lire Vie et mort des idées de José-Maria Valverde.
2 Fiancée et non épouse, puisqu’à cette époque les femmes ne pouvaient se marier légalement avant l’âge de 12 ans.
3 Le pape Léon IX (1049-1054) décida que les épouses des prêtres seraient livrées comme esclaves à l’église romaine du Latran.
4 Lire le cas de Maria Alabanza et de Moisés Val Cacho, prêtre dans un centre sanitaire régi par les Frères de Saint Jean de Dieu (Vie sexuelle du clergé de P. Rodriguez).
Lire le cas de Macarena Fuentes et du prêtre Gonzalo Martin Fernandez (Vie sexuelle du clergé de P. Rodriguez).
Lire le cas de Jes·s Madrid, prêtre et psychologue, directeur du Téléphone de l’Espoir. (Vie sexuelle du clergé de P. Rodriguez).
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DIGNITÉ DE LA FEMME
Bien que ce dossier soit loin d’être clos …
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