Quand j’entends le mot REVELATION…

Etre athée militant en Valais, comme en toute région ou tout pays majoritairement catholique, Fribourg ou la Calabre, c’est d’abord s’exposer aux sourires condescendants et à l’abordage abrupt dans le vif, parce que c’est insupportable, une affirmation d’athéisme. Le gros du troupeau se contentera d’un: «Quand même, il faut bien qu’il y ait Quelqu’un: le monde ne s’est pas fait tout seul!» Celles et ceux qui sont passés par les Humanités vous citeront Voltaire: «… L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge marche et n’ait point d’horloger.» D’accord, ouvrons la discussion sur le créationnisme et faisons de cet Horloger une hypothèse parmi d’autres tout aussi défendables. Mais l’exclamation qui jaillit de la bouche et du fond des intimes convictions des gens d’Eglise ce sera à coup sûr: «Mais tout de même, monsieur, il y a eu la révélation !

Et moi, quand j’entends ce mot-là… … je sors mon manuel de psychiatrie!

Parce que ce mot-là évoque fatalement un moment privilégié qui se décline en ILLUMINATION. De l’illumination à l’illuminé il n’y a qu’un pas, comme de l’illuminé au fou de Dieu, de Yaveh, de Jéhovah, de Raël ou d’Allah. Et me voilà contraint de renvoyer mon agresseur – il faut appeler les choses par leur nom – au chapitre du Manuel de Psychiatrie traitant des idées délirantes où la folie mystique occupe une place privilégiée. Mais, en douteriez-vous? On a tôt fait de vous retourner l’argument: le fou, c’est l’athée. Forcément. La preuve? Il y a eu des gens supérieurement intelligents qui ont été de grands croyants, de fervents catholiques même: Henri Guillemin, Paul Claudel et même, consécration suprême, Victor Hugo. En éludant pourtant le fait historique de la mort impie de Victor Hugo qui fit interdiction absolue à toute personne se réclamant de l’Eglise catholique de s’approcher de sa personne dans ses derniers instants, de crainte précisément de se laisser ainsi récupérer. Cela valut au cardinal de Paris de l’époque de faire le pied de grue devant la porte de la maison Hugo pendant tout le temps que dura l’agonie du grand homme. Raté, monsieur le cardinal de Paris! Que ne ferait pas l’Eglise catholique pour récupérer in extremis un nom célèbre? A plus forte raison si cette célébrité a particulièrement malmené sa foi durant son existence: l’impie Rimbaud, l’anarchiste Georges Brassens suivi à la trace durant toute sa carrière par un ensoutané qui se prévalait de son amitié en vue de l’ultime récupération. Cocu, l’ensoutané: les dernières volontés de Georges Brassens exigent un enterrement sans fleurs ni oraison. Vous avez bien lu, monsieur l’ensoutané: sans oraison. Mort-Dieu!

Et vous n’échapperez pas aux grands exemples que sont Mère Teresa et le si populaire abbé Pierre, toujours numéro un au hit parade des personnages préférés des Français. Pour Mère Teresa, l’Eglise, qui n’est plus à une imposture près, lui a inventé, pour justifier sa béatification, un miracle qui a fait se bidonner quelques millions d’Indiens tant l’affaire était tirée par les poils pubiens de la bienheureuse. Quant à son œuvre, il est de notoriété publique en Inde qu’avec les millions de dollars qui ont afflué chez Mère Teresa à partir du moment où elle a obtenu son Prix Nobel de la paix, elle aurait pu construire non pas un, mais une cinquantaine d’hôpitaux équipés comme n’importe quel CHUV lausannois! Où sont allés ces dollars? Devinez ou plutôt suivez mon regard: les grandes banques du Vatican n’ont pas été inventées pour les chiens, ni pour la survie des vaches sacrées! La vraie mission dont s’est sentie investie la Teresa en question n’était pas de soulager des souffrances corporelles mais de leur donner un sens transcendantal proportionnel au bonheur qu’elles procureraient dans l’Au-delà des croyants, comme d’autres manipulateurs, musulmans ceux-là, promettent septante vierges aux kamikazes palestiniens. La folie mystique ne connaît pas de frontières. De nombreuses citations authentiques font état du bonheur sans limite de la sainte femme exprimant son enthousiasme lorsqu’elle est parvenue, in extremis, à baptiser un mourant pour envoyer son âme au bon endroit, pan dans le mille, en plein paradis. Quant à l’argent récolté pour la construction d’hôpitaux décents, il aura connu sa transcendance en actions et obligations du côté du Banco Ambrosiano ou de la B.O.R. Banca delle Opere di Religione du Vatican. Les affaires sont les affaires…

Et si nous parlions de ce cher abbé Pierre? Toujours sur la brèche – sans oublier de convoquer journalistes et cameramen des télévisions – il va prêchant et prônant: «Des logements pour les pauvres! C’est honteux que des gens dorment dehors par les grands froids de l’hiver parisien!» Eh oui, monsieur, c’est honteux. Honteux que l’archevêché de Paris soit le plus grand propriétaire immobilier de la capitale, par sociétés immobilières anonymes interposées, et ne trouve pas, dans son immense patrimoine, de quoi loger ces SDF pouilleux, alors qu’il a été prouvé, notamment par une enquête du Canard enchaîné, jamais démentie, que les biens immobiliers de l’archevêché de Paris représentent l’équivalent de l’un des vingt arrondissements qui le composent. Un arrondissement de Paris, rien de moins! Soit l’équivalent de toute la ville de Genève et banlieues! Rien de moins.

Monsieur l’abbé Pierre, vous êtes un hypocrite! Le jour où vous aurez convaincu votre supérieur hiérarchique, Mgr Lustiger, de mettre fin à cette imposture, ce jour-là je vous tirerai mon chapeau. Jusque-là, permettez que l’on crie à l’imposture? Mais c’est tellement dans les mœeurs de l’Eglise.

Et puis, monsieur, lorsque vous invitez le bon peuple à se donner bonne conscience en vous apportant meubles, bibelots, livres que vous revendrez au prix du marché où est votre mérite? Mais on ne sait que trop où va l’argent. Sûrement pas dans des logements pour les SDF. Et puis, monsieur, si vous commenciez par rétribuer au tarif syndical normal ces braves gens qui travaillent pour vous au lieu de les exploiter? Voilà qui nous inciterait à quelque sympathie à votre égard. Hélas! Les Compagnons d’Emmaüs qui gèrent les poubelles des bonnes consciences catholiques continuent de faire figure de pauvres types exploités au nom de la Sainte Charité. Mais n’est-ce pas le grand illuminé du Chemin de Damas qui a écrit que: «Eussiez-vous la foi jusqu’à transporter les montagnes, si vous n’avez pas la charité votre foi est vaine»? C’est au nom de cette même charité que l’archevêché de Paris envoie l’abbé Pierre hurler à l’injustice sociale faite aux SDF tout en se gardant bien de mettre à la disposition de ces mêmes SDF le moindre mètre carré de ses colossaux biens immobiliers. Cette charité-là est la poubelle de la conscience. C.Q.F.D.         Narcisse praz, écrivain

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