Bush rit et charcuterie

Il faut observer attentivement le visage de George W. Bush lorsqu’il tance les pays qui désobéissent à ses ukases ou qui ne font pas la génuflexion lorsqu’il donne ses leçons de morale. Il a une attitude semblable à celle du petit enfant devant son premier hochet. Son sourire de petit morveux et de fils à papa en dit long sur ses arrière-pensées. Il est presque Dieu, à tout le moins se prend-il pour l’un de ses adjoints. Aujourd’hui il vient de se lancer dans la charcuterie. Il a découpé le monde en rondelles. Il y a les bons et les mauvais. Il y a ceux qui font le bien et ceux qui se complaisent dans le mal. Il y a ceux qui ne cessent de se référer à Dieu et les iconoclastes. Pour combattre les réfractaires à ses idées et à ses principes d’hypocrite, il lance des campagnes tous azimuts. Le gouvernement des Etats-Unis va en effet dépenser 30 millions de dollars pour inciter les jeunes à l’abstinence avant le mariage.

Pas de sexe avant le mariage

Quand on se sépare des services publics, quand on refuse d’intervenir dans l’économie, quand on ignore les pauvres, que reste-t-il? Le cul. Les jeunes devront rester purs jusqu’au mariage. Pas de trac, boum, zic le samedi soir avant d’être passé devant Dieu. La sexualité oui, mais pas sans l’accord de son représentant, le curé américain qui est un expert. A en juger par le scandale en matière pédophile, qui secoue l’Eglise catholique, certains cultivent même une fâcheuse tendance à l’expertise rapprochée. Bush n’est pas le seul à dénoncer la débauche de la jeunesse américaine qui ne sait pratiquement que se vautrer dans le stupre, la fornication et la bouffe bien grasse.  Les attentats du 11 septembre visaient aussi cette société du mal, cette société corrompue et dépravée. Le sexe c’est aussi le fer de lance de toutes les religions.

Les obèses croissent

Bush s’occupe de l’abstinence sexuelle et les autorités sanitaires affirment que 40% des Américains sont trop gros. Mais quand il n’y a plus d’autres distractions et d’autres plaisirs on se rabat sur la bouffe. Ainsi une nouvelle génération de frustrés naît. Le seul plaisir qui lui reste, se gaver de tartines graisseuses arrosées de ketchup. Mais cette morale, les réactionnaires de Washington veulent aussi l’imposer au tiers-monde. Le congrès se propose de suspendre l’aide à la contraception accordée aux pays pauvres. N’étant pas à un paradoxe prêt, ils renforcent aussi la répression de l’émigration.  Il y a pourtant des décennies qu’ils s’échinent à limiter la démographie, histoire d’éviter que les populations en surnombre dans les pays pauvres ne génèrent des flux irrépressibles de migrants aux frontières des pays riches. Mais non, la droite libérale américaine préfère les renvoyer à la loi religieuse. Croissez et multipliez-vous et remplissez la terre. Ceux qui ne pourront survivre dans ces pays seront accueillis sur la frontière voisine avec des chiens et des fusils. C’est finalement le monde du paradoxe. D’un côté il fait rêver avec ses grands espaces de liberté, ses mœurs laxistes et de l’autre une chasse aux sorcières perpétuelle. Il y eut le maccarthysme, la lutte à outrance contre le communisme, aujourd’hui c’est la croisade contre le sexe qui risque de faire autant de ravages. Ce conditionnement des esprits, ce lavage de cerveaux se fait sans discernement. Tout est empreint du dogmatisme le plus pur et le plus dur. Le sens critique est totalement éradiqué. Mais ce qui est le plus détestable et le plus déplorable c’est que la morale à quatre sous, l’hypocrisie galopante se répercutent en Occident et suscitent un enthousiasme délirant. Quand l’Occident comprendra-t-il que ce qui peut paraître bon là-bas, mais qui ne l’est réellement pas, est aussi très nocif ici?

André Sprenger

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