Franc-maçonnerie: une société secrète ?

Lorsque le sujet de la franc-maçonnerie est abordé, invariablement on lui accole le qualificatif de société secrète. Pourquoi? Parce qu’elle ne publie pas la liste de ses membres? Les partis politiques, la majorité des sociétés en font pourtant de même… La franc-maçonnerie ne se définit elle-même pas comme une société secrète, mais une société discrète. Selon elle, le franc-maçon préfère être reconnu pour ce qu’il fait plutôt que pour ce qu’il est. Elle se voit comme une société composée d’hommes, de femmes, avec leurs défauts et leurs qualités et qui reste avant tout une société humaine. Une des principales exigences du franc-maçon: être un homme libre dans une société libre. Adogmatique, la franc-maçonnerie n’est pas une secte, elle n’a pas de gourou. Ses membres jouissent d’une totale liberté de conscience, de croyance et de religion.

La franc-maçonnerie veut développer la connaissance de soi et du monde, du monde et de l’univers, faire coïncider la parole avec le geste, l’intention avec l’acte, le dire avec le faire. Histoire et témoignages.

A quelle époque remonte la franc-maçonnerie? Tout aurait commencé au Moyen Age, en Grande-Bretagne, par ce que l’on appelle la maçonnerie «opérative» (terme d’origine anglaise qui renvoie à la maçonnerie de métier du Moyen Age). La maçonnerie opérative était hiérarchisée: elle distinguait l’apprenti du maître qui lui enseignait son art. Les chantiers pouvaient occuper toute une vie. Le métier se résumait à l’édification d’une cathédrale dont les maçons n’avaient pas vu poser la première pierre et dont ils ne verraient pas l’achèvement. Ils disposaient de loges (le terme apparaît dans les documents au XIIIe siècle), c’est-à-dire de simples bâtisses adossées à l’édifice en construction, où l’on rangeait les outils, où l’on se reposait, où l’on parlait des problèmes du chantier et des travaux du lendemain. On y faisait aussi des plans. C’est aussi à cette époque que, pour donner une perspective au travail des maçons, ils en écrivirent une histoire légendaire à partir de vieilles chroniques. Pour organiser la profession, les lettrés en rédigèrent des règlements, comme pour d’autres corps de métier, charpentiers, couvreurs. Elles rapportent comment les secrets de la «géométrie», ou de la «maçonnerie», inventées dès l’origine du monde, furent sauvés du Déluge grâce à des colonnes de pierre où ils avaient été gravés par les fils de Noé. La Tour de Babel, puis le Temple de Salomon à Jérusalem en sont les réalisations les plus illustres.

Temps modernes

La maçonnerie «spéculative» désigne la franc-maçonnerie moderne ou «philosophique». Elle apparaît en Angleterre au XVIIIe siècle lorsque les loges se sont peu à peu ouvertes aux non-professionnels. Les rites de la maçonnerie de métier sont repris, leurs outils devenant des symboles utilisés lors des différentes étapes de l’initiation et des travaux des frères et des sœurs. La réflexion et l’échange d’idées prennent le pas sur le travail de construction. Lors de la tenue de la Grande Loge de Londres, le grand maître de l’année, Georges Payne, demande que les «Anciens devoirs», textes qui organisent la profession de maçon, soient rédigés «selon une nouvelle et meilleure méthode». Ce travail est confié au pasteur James Anderson. Le «Livre des Constitutions» qui se répartit en six chapitres est achevé en 1723. Il demeure la référence théorique de toute la maçonnerie. La franc-maçonnerie fait surtout référence aux symboles: le compas, l’équerre et le fil à plomb, instruments qui incitent à la réflexion sur soi-même. Le franc-maçon doit tailler sa pierre brute lui-même, pour être utile à l’humanité.

la franc-maÇonnerie en suisse

Selon Damien*, ancien vénérable (président d’une loge): «En Suisse, la première loge est fondée à Genève en 1738. Les principales obédiences du pays sont: Le Grand Orient de Suisse, La Grande Loge suisse Alpina, la Grande Loge féminine de Suisse, la Grande Loge mixte de Suisse. Il y aurait en Suisse plus de 7000 francs-maçons. Les trois grades sont apprenti, compagnon et maître. Depuis quelques années le nombre des nouveaux adhérents augmente sensiblement.»

Périodiquement la franc-maçonnerie est en première ligne comme en France récemment. «En Suisse, la franc-maçonnerie n’a fait l’objet d’aucun scandale comme en France. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas ou qu’il n’y a pas eu d’affaires en Suisse», dit Damien. Est-ce dire que les membres sont mieux recrutés? Elisabeth* explique: «Dans notre pays, l’organisation est différente.»

les scandales

»Nous ne connaissons quasiment pas le système des «fraternelles» qui sont des sous-groupes composés uniquement de personnes actives dans un domaine professionnel précis.» Il n’en demeure pas moins que, pour la majorité des gens, l’organisation de la franc-maçonnerie apparaît un peu suspecte. Elisabeth précise: «Si employer un certain vocabulaire rend une société mystérieuse ou suspecte, alors il y a des sociétés bien plus mystérieuses que la franc-maçonnerie. Son organisation est celle de toute société: il y a des membres qui assurent le fonctionnement des loges. Le Vénérable par exemple (le président), exerce les mêmes fonctions que dans n’importe quelle société.»

devenir franc-maçon

Une question revient toujours: comment procéder si l’on veut adhérer à la franc-maçonnerie? Damien explique qu’«il faut faire une demande auprès d’une loge. Ensuite le postulant devra présenter un dossier détaillé, puis il participera à un certain nombre d’entretiens. Finalement, se fondant sur tous ces éléments, ce sont les membres de la loge qui décideront souverainement et en toute connaissance de cause de l’admission éventuelle. Une précision d’importance pour qui veut s’approcher de la maçonnerie: la franc-maçonnerie est exigeante. Il faut en principe s’astreindre au minimum à une réunion ou tenue mensuelle. Chaque membre doit être aussi disposé à présenter périodiquement un travail de réflexion et d’analyse sur un sujet de son choix: la justice, les libertés, l’amitié, la solidarité ou les questions de société. Aucun sujet n’est tabou.

Il faut faire preuve d’une certaine curiosité et s’intéresser un peu à la vie du monde. Peut-on quitter la franc-maçonnerie? «Si un membre désire quitter la franc-maçonnerie, il peut le faire sans aucun problème. Il n’y aura aucune pression sur lui ou sur ses proches, la liberté est totale car la franc-maçonnerie n’est pas une secte. Elle est une société philosophique.»

André Sprenger
Lausanne-Cités – CP 551
1000 Lausanne 9

Laisser un commentaire