Giuseppe Garibaldi

Pour le 120e anniversaire de sa mort

I. La vie

Garibaldi est né à Nice en juillet 1807, dans une famille de marins. Il sera marin lui-même à partir de 1841. Son premier engagement politique remonte à l’année 1833, lors de l’expédition républicaine contre la Savoie, maladroitement organisée par Giuseppe Mazzini depuis Carouge et Nyon. Garibaldi aurait dû, après s’être engagé dans la marine militaire, organiser (février 1834) une mutinerie dans le port de Gênes. Condamné à mort, il se refugiera à Marseillle d’où il partira pour le Brésil en septembre 1835.

La période sud-américaine de sa vie couvrira treize ans (1835-1848). Revenu sur Nice avec un groupe de légionnaires, il participe, en 1848 avec ses volontaires – il porte une chemise rouge, employée normalement par les ouvriers des abattoirs de Montevideo, et prendront bientôt le nom de «Garibaldini» – à la première guerre austro-sarde qui se terminera en mars 1849, par la défaite du Piémont et l’abdication du très bigot roi Charles-Albert(2). Entre-temps, en profitant d’un armistice, Garibaldi était accouru avec ses hommes à Rome où le pape s’était enfui et la république avait été proclamée en février par suffrage universel. Il y assurera, tout en étant élu de la Constituante, la défense de la ville contre 10 000 soldats français du général Oudinot envoyés au secours du pape et contre les troupes du roi de Naples.

Quand, après un mois de siège et plus de 3000 morts, Rome tombe en juin 1849 et avec elle la République romaine, qui avait mis «fin au pouvoir temporel du pape, décidé la confiscation des biens de l’Eglise, la liberté de l’enseignement et de la presse, l’égalité de tous les citoyens devant la loi et ébauché un programme social et notamment la division en petits lots des biens confisqués à l’Eglise et leur répartition entre des familles de cultivateurs pauvres» (3). Garibaldi (qui sera excommunié) parvient à s’échapper avec environ 4500 de ses partisans. De son séjour à Rome, retenons aussi que «après avoir chassé les religieuses il réquisitionna le couvent de San Silvestro pour y installer ses légionnaires, qui, une fois de plus, se firent remarquer par leur manque total de bonne éducation, fouillant sans vergogne le contenu des tiroirs et des armoires et se divertissant énormément à la lecture des lettres d’amour qui s’y trouvaient cachées (nombre d’entre elles portaient la signature de prêtres, et même de cardinaux). Ils découvrirent aussi des trousseaux pour nouveau-nés, des publications licencieuses et certains objets qui en disaient long sur les habitudes intimes des bonnes sœurs. Le tout fut exposé publiquement sur les rebords des fenêtres (4).

La fuite depuis Rome se traduira par une marche forcée, en zigzag à cause des poursuivants vers l’Adriatique, la mort de sa femme Anita, les inévitables désertions et, pour finir, l’arrivée en Ligurie, donc en territoire piémontais, en septembre 1849, pratiquement seul. Le même mois, il quittera Gênes pour l’Afrique du Nord; son deuxième exil durera jusqu’en 1854 et l’amènera jusqu’aux Etats-Unis.
A son retour en Italie, Garibaldi fait l’acquisition de Caprera – une île d’une dizaine de kilomètres carrés située à proximité des Bouches de Bonifacio, entre la Corse et la Sardaigne – qui deviendra son refuge après chaque défaite morale. Quand ce n’est pas après des séjours dans les prisons royales: comme à la suite des affrontements armés et sanglants de l’Aspromonte (Calabre) d’août 1862 (contre les troupes italiennes)(5) et de Mentana (Latium) en novembre 1867 (contre les troupes franco-pontificales), dans sa tentative de libérer Rome et sa région du joug papal (6).
Après cinq ans de tranquillité – pendant lesquels Garibaldi s’emploie à des aménagements agricoles de son île et effectue quelques brefs voyages –, il participera, à la tête d’un nouveau corps de volontaires, à la deuxième guerre d’indépendance de 1859.

En mai 1860 aura lieu l’expédition des Milles (en réalité 1149) et la conquête de la Sicile et du Napolitain, soit le Royaume dit des Deux-Siciles.  A la veille de son expédition, il avait épousé (et répudié le jour après pour infidélité…) la marquise Giuseppina Raimondi, patriote comasque.  Attachée qu’elle était au prestige qui découlait de son statut (même théorique) de femme de Garibaldi, elle s’opposera à une séparation légale. C’est pourquoi Garibaldi songe un moment à obtenir la citoyenneté helvétique qui lui aurait permis de demander le divorce. Ce «mariage» sera annulé, par une «sentence d’exception», en 1880, ce qui permettra à Garibaldi de régulariser la situation en épousant sa compagne, Francesca Armosino, qui lui avait donné trois enfants.

En 1866, il participera encore avec 10 000 volontaires à la troisième guerre d’indépendance italienne contre l’Autriche. Il remporta à Bezzecca (Trente) la seule victoire italienne (qui coûta 2382 morts dans ses rangs) et il faillit, par l’occupation du seul Trentin bloqué par l’armistice, éviter  la naissance future de la question du Tyrol du Sud.
Dernière aventure: sa participation, d’octobre 1870 à janvier 1871 avec ses fidèles garibaldiens, à la lutte inégale contre l’invasion allemande entreprise, après la défaite de Sedan, par le Gouvernement républicain français. Garibaldi n’acceptera une pension qu’en 1876, quand A. Depretis est nommé à la tête d’un gouvernement «de gauche». Retiré définitivement dans son île, il y mourra le 2 juin 1882.

II. Le patriote abusé

Déjà en 1848, les compagnons de Garibaldi avaient commencé à s’interroger sur la fermeté de ses idées républicaines, pourtant garanties par Giuseppe Mazzini lui-même. Sa progressive adhésion à l’idée de parvenir à l’indépendance de l’Italie autour de la dynastie des Savoie, en mettant sous le boisseau la réalisation d’une république fédérale, devient évidente en 1860, quand – à la veille de son départ avec les «Milles» – il écrivait une lettre à Victor-Emmanuel II (qu’il considère «comme le moins averti des Italiens) Garibaldi ne peut s’empêcher d’imaginer un roi bon entouré de méchants ministres», dans laquelle il «se présente résolument comme un sujet qui désobéit pour mieux servir son souverain et sa patrie» (7).

Par la suite, arrivé en Sicile, il servira fort bien les intérêts que le roi représente, en faisant preuve d’une limite politique certaine. Sincère, voire naïf, Garibaldi n’est pas en mesure de ressentir et de comprendre le potentiel de révolte qui secoue le Midi italien.
«Les paysans siciliens, écrit encore M. Gallo, ont imaginé, avec l’arrivée des chemises rouges garibaldiennes, que leur vie allait s’améliorer pour eux. Les premiers actes du gouvernement provisoire, tels que l’abolition de la taxe sur la farine, le décret du 2 juin qui prévoit le partage des terres communales, confirment cette espérance. Ici et là, des bandes de paysans commencent à se faire justice, entreprennent de répartir les terres des riches propriétaires… En Sicile le problème paysan se pose en effet avec brutalité et Garibaldi le résout de la manière la plus dure et la plus conservatrice. Dans son souci de prévenir la révolte des campagnes et afin de conserver l’appui des couches dirigeantes, il réprime les flambées de jacqueries.  Ainsi, le 4 août, dans le duché de Bronte, au pied de l’Etna, une immense propriété (de la famille anglaise Nelson) gérée par un régisseur favorable aux garibaldiens: les paysans, avec à leur tête un avocat révolutionnaire, Nicola Lombardo, s’emparent du domaine, massacrent le régisseur et son entourage. C’est la colonne garibaldienne, conduite par Nino Bixio, qui rétablit l’ordre. Lombardo et quatre de ses complices sont condamnés à mort et fusillés… Dès lors, les volontaires rejoignent en moins grand nombre les colonnes garibaldiennes, et surtout des foyers de révolte s’allument ici et là. En septembre, un soulèvement général des paysans se produit en Hirpinie. Il faut qu’une nouvelle troupe garibaldienne, commandée par le Hongrois Turr, rétablisse l’ordre dans la région où plus de quarante libéraux ont été massacrés. Ces révoltes, ces déceptions paysannes annoncent la naissance d’un «brigandage méridional» qui, durant plusieurs années, ensanglantera le Sud…

On fusille en quelques années mille trente-huit «brigands» et on en tue au cours des combats deux mille quatre cent treize. Telles sont les données officielles, mais des chroniqueurs avancent des chiffres bien plus lourds, allant jusqu’à dénombrer dix-huit mille fusillés ou massacrés.
Ce qui est sûr, c’est que les Piémontais durent engager un contingent de plus de cent mille hommes et que le «brigandage» ou la guérilla leur infligea des pertes beaucoup plus importantes que celles de toutes les guerres du Risorgimento!

Voilà qui, dans l’ombre de Garibaldi, fait tout à coup surgir la réalité des problèmes de l’Italie que «le héros de la nation» a ignorés» (8). Garibaldi et ses chemises rouges s’étant ainsi privés pratiquement de leur moyen de pression à l’égard de la monarchie ne peuvent qu’assister, impuissants, mais après avoir été complices par négligence politique à la vague d’adhésion à la Maison de Savoie de tous les possédants désireux, à l’ombre des carabiniers royaux, tout simplement de maintenir leurs privilèges honteux dans une société inchangée.

Le héros a été récupéré

Dans la proclamation adressée à Naples en novembre 1860 il n’hésitera pas, lui le «républicain», à déclarer: «La Providence a fait don de l’Italie à Victor-Emmanuel; chacun doit se rattacher à lui, se grouper autour de lui. En face du roi galant homme, chaque rivalité doit cesser, chaque rancune disparaître.» Dès lors, «le royaume que le Niçois aide à constituer restera malade du fait des conditions ambiguës de sa naissance; et Garibaldi, en sacrifiant ses idées républicaines, en renonçant à prendre la tête d’une opposition à la monarchie, n’a fait que différer l’affrontement et entretenir des illusions»(9). Le comportement politique de Garibaldi, complice plus ou moins conscient de la brutale politique de «piémontaisisation» de l’Italie prétendument unifiée, peut-il être expliqué?

«A plusieurs reprises, Garibaldi s’est proclamé républicain. Mais il y a, dans sa manière d’être, quelque chose d’un souverain, patriarcal sans doute, mais souverain quand même. Sans doute est-ce là, au fond de sa propre personnalité, que s’inscrit le respect du roi et de ses ordres. Une obéissance qui est aussi faite de réalisme… associée à la naïveté, au plaisir d’être reconnu comme interlocuteur par le roi» (10), écrit encore M. Gallo (11) l’auteur qui a réalisé la meilleure biographie analytique de Garibaldi.

D’autres citations sont nécessaires: «Sa foi républicaine contrastant singulièrement avec son attachement pour Victor-Emmanuel qui, tout en le traitant en ami, sut toujours le dominer»(12). On peut se demander si, en 1871, Garibaldi est encore républicain, les longues années de coopération – parfois orageuses – avec la monarchie n’ont-elles pas atténué son zèle républicain?(13) L’âge aidant, «Giuseppe Garibaldi, qui avait donné l’ex-Royaume des Deux-Siciles à Victor-Emmanuel II, sans y mettre aucune condition pour le développement démocratique et civil du pays»(14). «Cet aventurier de Garibaldi tout cheveux et barbe était un mazzinien (républicain) pur.» Mais si le «Galantuomo» (Victor-Emmanuel II) l’a fait venir ici-bas (en Sicile) cela veut dire qu’il est sûr de lui. Ils le brideront comme dans Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa(15).

III. L’anticlérical

Incapable de comprendre que «la foi et l’ignorance masquent le poids des structures sociales feodales»(16),  Garibaldi tombe parfois dans un anticléricalisme primaire et expliquant tout. Or, les prêtres sont, bien entendu, coupables de bien des choses, mais pas de tous les maux. Cette étroitesse de vue enlèvera, malheureusement, de l’impact à la lutte de Garibaldi contre le cléricalisme qui durera jusqu’à la fin de sa vie. Cela est d’autant plus regrettable que l’état de l’Eglise est là pour témoigner des abus que l’on commet au nom de la religion.

Pour nous limiter aux crimes contre la culture: en 1849, 90% des habitants des terres papales sont analphabètes et à l’Université de Rome «toutes les leçons» se donnent encore en latin et des matières «dangereuses», telle l’économie politique, y sont interdites»(17). Et pourtant, quand en 1846 le comte Giovanni Maria Mastai-Ferretti fut élu nouveau pape sous le nom de Pie IX, il réveilla de grandes espérances, au point que Garibaldi lui-même lui écrira en 1847, de Montevideo, pour le féliciter des mesures prises (amnistie pour les délits politiques, création d’une Garde civique et d’un Conseil d’Etat, élection d’une municipalité à Rome, liberté de presse, ouvertures des ministères aux laïcs) et pour lui offrir son aide et celle de ses hommes contre la réaction.

La déception de Garibaldi n’en sera que plus grande et, quelques mois plus tard, devant le brusque revirement politique du «pontife du mensonge», n’hésitera pas à le qualifier de «ces trois quarts de mètre cube de fumier qui habite Rome». Le comportement absolutiste du pape Pie IX, de son retour à Rome après la chute de la République justifiera, hélas, la lourdeur de cette prose. En 1867, pratiquement à la veille de la prise de Rome par les troupes italiennes (1870), au lieu d’accepter une évolution politique inéluctable, il se crispe encore plus: en multipliant les persécutions contre les patriotes, voire les condamnations à mort et leur exécution sur la place publique d’une unité de volontaires dite la «Légion d’Antibes». D’après M. Gallo(16) «rassemblés en effet à Antibes, ces «enfants de chœur en pantalon rouge» viennent des régions les plus catholiques d’Europe. Leur recrutement puis leur regroupement s’est fait avec l’appui du gouvernement de Napoléon III. Le ministre de la Guerre de l’Empereur a même remis au colonel d’Argy, qui commande la légion, une épée (il sera remplacé ensuite par le général Dumont). Garibaldi traitera – dans son langage coloré pour ne pas dire violent – ces mercenaires de «déchets de tous les cloaques européens»(19).

Rappelons que Pie IX avait aussi auparavant autorisé (1850) la parution de la revue des jésuites Civiltà cattolica (une publication fortement antilibérale et antisémite); proclamé le dogme de l’Immaculée Conception (1854), condamné d’après lui, les «erreurs du siècle» par la publication en 1864 de l’encyclique «Syllabus»(20).En 1869, il convoquera le Concile du Vatican qui proclamera, comme article de foi, le dogme de l’infaillibilité du pape.
Garibaldi organise, dans le but de s’opposer au Concile, une assemblée de libres penseurs à Naples. Il utilisera pour cela les contacts qu’il avait établis du temps où il était, dans les années 1850, membre de la loge maçonnique parisienne «Les Amis de la Patrie» et il pourra ainsi compter parmi les participants: Victor Hugo, Edgar Quinet, Jules Michelet et Emile Littré.

Garibaldi avait tout réellement adhéré, dès 1849, à «l’Associazione anticlericale»  fondée à Rome. En 1864, lors de la fondation à Sienne de la «Società dei Liberi Pensatori»(21) qui paraît dès 1865, à Milan, a comme rédacteur Luigi Stefanovic, volontaire garibaldien. A la fin de 1871 Garibaldi rédige son testament, caractérisé par une «attitude également antireligieuse, puisque la crémation était proscrite par l’Eglise», comme l’écrit E. Tersen(22).

IV. Le politique tardif

Sensible aux idées de l’Internationale, Garibaldi adhère en 1864 à cette association de travailleurs mais, même si ce ralliement aux idées socialistes fut certainement – comme tous les actes de Garibaldi – sincère, il restera pratiquement indifférent aux changements futurs. Ceux-ci se manifestent avec force dès la mort de Mazzini en 1872, alors que les sociétés ouvrières du maître à peine disparu se réunissent sagement en avril à Rome, à Rimini a lieu en août le Congrès ouvrier qui donnera une empreinte anarchiste au mouvement. On peut dire que «Garibaldi était favorable au socialisme qu’il ne connaissait guère et qu’il n’eut pas la possibilité et le temps de mieux connaître»(23).

N’oublions pas que Garibaldi refusera, en 1871, de donner un coup de main à la Commune de Paris. En septembre 1867, il participe, à Genève, au Congrès de la Ligue de la paix (24) à l’occasion duquel il rencontre, entre autres, Edgar Quinet, Alexandre Herzen, Michel Bakounine, Fédor Dostoïevski,  James Guillaume, Karl Gogg, Etienne Arago et Pierre Leroux. Son bref séjour genevois provoque de fortes réactions de la part des milieux catholiques, voire protestants. C’est que Garibaldi, ne tenant pas compte du fait que si les habitants de la ville sont protestants en majorité, dans les campagnes genevoises, la moitié et plus de la population est catholique, «dénonce la papauté comme la «honte et la plaie», «l’institution pestilentielle», «la plus nocive de toutes les sectes»(25).

Dans son testament de 1871, Garibaldi condamnait le parlementarisme et parlait de «dictature temporaire». Elu néanmoins au Parlement en 1872 comme député de Rome (il donnera sa démission en 1880), il y fait une propositon de loi provocatrice et bien entendu balayée: «Tant que l’Italie ne sera pas tirée de la dépression financière dans laquelle on l’a injustement mise, aucune pension ou allocation, aucun traitement versé par l’Etat ne pourra dépasser cinq mille lires par an.» Devenu brusquement partisan du suffrage universel, il fonde en 1879 la Ligue de la démocratie «pour la souveraineté nationale, pour que les déshérités aient une vie moins dure, pour la justice sociale, pour la garantie de la liberté»(26) et dans un «Manifeste aux Italiens»(27) déclare que «le gouvernement depuis vingt ans n’exprime qu’une minorité(28).

A la veille de sa disparition, il tombe – toujours par patriotisme – dans le piège nationaliste de l’irrédentisme. En effet, en plus du retour à l’Italie de Trente et Trieste (encore à l’Autriche-Hongrie), il se mettra à parler de l’«italianité» de la Corse et de la Tunisie ainsi que (chose plus compréhensible) de Nice, sa ville natale, passée à la France en 1860. Il s’agit là de revendications que les Italiens entendront un demi-siècle plus tard quand le régime fasciste – spécialisé en récupérations historiques – apprendra aux écoliers et étudiants italiens à chanter, avec un faux air martial: «Vogliam Nizza e Savoia, Corsica e Tunisia…» Heureusement pour le jugement politique du peuple italien, pendant la Résistance, qui commence en 1936 en Espagne, les antifascistes feront souvent référence à Garibaldi dans leur lutte pour la liberté.

V. Les récupérations finales

De nombreuses rues et places italiennes portent le nom de Garibaldi, mais ses idées parfois contradictoires (et surtout ses idées laïques) sont de moins en moins connues. En 1932 déjà – «anno XI dell’Era fascista» – l’Enciclopedia italiana Treccani avait consacré huit pages à Giuseppe Garibaldi, en oubliant servilement le Concordat de 1929 entre l’Italie fasciste et le Vatican, qui n’aurait pas fait plaisir au père des «chemises rouges».

Et la Maison de Savoie, la plus bigote d’Europe, a su également, après l’avoir utilisé politiquement lors de sa conquête de l’Italie, manipuler la mémoire de Garibaldi à son profit, en oubliant son anticléricalisme. Dans une présentation de la récente biographie Mussolini par Pierre Milza (Paris 1999), l’historien Alexandre Adler conclut ainsi: «Après 1945, une Italie morcelée des Guelfes et des Gibellins… a abandonné cette patiente construction de l’Etat impartial et juste qui fut le rêve garibaldien. L’ablation de l’Etat mussolinien…s’est faite au profit de la société italienne qu’on se gardera de qualifier de civile, s’agissant de ses manifestations siciliennes ou napolitaines»(29).Nous retrouvons ici, 140 ans après, le Royaume des Deux-Siciles et les fruits amers de la générosité mal placée de notre Garibaldi.                                  Claude CANTINI

Notes

(1) Voir ajout
(2)  Max Gallo écrit à son sujet: «En fait, la prudence de Charles-Albert s’explique surtout par l’ambiguïté politique d’un homme d’ordre, pieux, soucieux de ses étroits intérêts monarchiques. Annexer des Etats, oui; favoriser des démocrates ou des républicains, non. Il se méfie de Milan et de Venise. Son ennemi n’est pas seulement devant lui l’uniforme autrichien, mais aussi derrière lui, dans les conseils populaires qui s’ébauchent (p. 144).
(3) Gallo, page 164.
(4) Romani page 104.
(5) En octobre 1862 il acceptera, après avoir déclaré qu’«on amnistie que les coupables»,d’être mis au bénéfice de l’amnistie proclamée par le roi Victor-Emmanuel II qui marie sa fille Maria-Pia au roi du Portugal.
(6) Au printemps 1867 Urbano Rattazzi, devenu pour la troisième fois «Premier ministre», approuva publiquement le pape d’avoir formé une légion composée principalement d’officiers et de soldats français, en vue de défendre la «Cité éternelle contre les incursions éventuelles des révolutionnaires» (Romani, page 237).
(7) Gallo. pages 241 et 253.
(8) Gallo, pages 271, 272 et 289.
(9) Gallo, page 290.
(10) «Son innoncence a coloré sa politique» lit-on dans l’Encyclopaedia Britannica, tome V, page 125.
(11)Gallo, pages 348 et 339.
(12) Grande Encyclopédie, tome XVIII, page 536.
(13) Tersen, page 239.
(14) Giuseppe Galzerano Giovanni Passannante Casalvelino Scalo, 1997, page 176.
(15) Paris 1960, page 60.
(16) Gallo, page 165.
(17) Gallo, page 163.
(18) Gallo, pages 355 et 356.
(19) Cité par M. Gallo, page 356.
(20) «L’Encyclique Syllabus consacre les positions figées d’une Eglise qui refuse les principes fondateurs de la société libérale» écrit Roland Bütikofer («Thomisme et réaction en Suisse romande dans les années vingt» dans Les Annuelles, Lausanne 1992, page 68.
(21) Elle deviendra «Associazione italiana del Libero Pensiero» (1902) et «Associazione nazionale del Libero Pensiero Giordano Bruno» (1906).
(22) Tersen, page 277.
(23) Tersen, page 272.
(24) Il avait déjà envoyé, en octobre 1860, un «Memorandum alle Potenze» pour les inviter à réaliser, afin d’en finir avec les guerres des Etats Unis d’Europe.
(25) Gallo, page 360.
(26) Le Premier ministre Depretis s’empressera de harceler ses membres.
(27) Egalement arraché sur ordre du gouvernement.
(28) Gallo, page 427.
(29) Historia, Paris, novembre 1999.

Bibliographie

*

Dumas Alexandre, Mémoires de Garibaldi, Paris 1994.
*

Fratto Arturo, Passioni e Battaglie, Naples 1964.
*

Gallo Max, Garibaldi. La force d’un destin, Paris 1982.
*

Romani Paolo et Monika, Garibaldi, Paris 1978.
*

Smith Denis Mack, Garibaldi, Londres 1957.
*

Tersen Emile, Garibaldi, Paris 1962.

Laisser un commentaire