C’est l’évidence même, et aucun lecteur du Libre Penseur ne peut aller là contre. Mais j’ajoute aussitôt, et j’espère qu’on me suivra là aussi, à condition que les religions soient respectables. Je voyais récemment un reportage sur les moines bouddhistes et je constatais qu’on les embrigadait déjà à l’âge où l’on aime à jouer au foot sous le préau de l’école, c’est-à-dire quatorze ans, l’âge, par parenthèse, où l’Opus Dei commence à recruter, lui aussi, impunément. On pense à cette remarque de Samuel Jackson, ce grand intellectuel anglais du XVIIIe siècle, qui disait, mais facétieusement, qu’on pouvait faire beaucoup d’un Ecossais, à condition de l’attraper jeune. Le recrutement des petits Indiens pour en faire de braves et soumis moines bouddhistes n’a rien hélas d’une facétie. Dans un système juridique qui s’occuperait autant des âmes que des corps, la «hitlerjugendisation» (ouh là, mon ordinateur n’aime pas ce mot, mais qu’y faire?) d’adolescents indiens à qui on promet, et ce n’est pas rien là-bas, une pâtée quotidienne s’apparenterait à la pédophilie. Exit donc le bouddhisme de la liste des religions respectables.
On est presque gêné de parler du catholicisme tant le grotesque ici l’emporte sur la piété sincère. Je pense à cette histoire déjà ancienne mais qui vaut la peine d’être racontée: tel couple d’aristocrates espagnols n’arrivait pas à avoir d’enfants. Un premier réflexe monothéiste était de déclarer la mère coupable. Dans un pays musulman, on répudiait, purement et simplement, cette incapable. A Madrid (ou était-ce Tolède?), un médecin hérétique émit
l’hypothèse iconoclaste que le mari pourrait être en cause. D’où la nécessité de faire un compte des spermatozoïdes de ce noble hidalgo. Mais pour cela, il fallait opérer manu cooperandi, soit une branlette classique. L’Eglise espagnole est opposée à cette gâterie, même à des fins de diagnostic. Donc, par rigidité (oh! pardon) doctrinale, la chose ne se fit point. L’hidalgo resta sans enfants mais garda ses points sur le permis d’accès à la vie éternelle.
Question fanatisme idiot, l’Islam n’est naturellement pas en reste. On raconte cette histoire stupéfiante (pour nous!) d’un footballeur britannique, mais d’obédience musulmane qu’on soupçonne de dopage. On lui demande, à fins d’analyse, de faire pipi. Cela ne vient pas et on lui demande de boire un verre d’eau libérateur. Il s’y refuse, prétextant le ramadan qui lui interdit de tel excès. Voilà Allah tout craché! Un verre d’eau avant le coucher du soleil et notre bonhomme passe à la trappe, hop! aux enfers où l’on brûle éternellement (le Coran, passim.) à moins que ce ne soient les mollahs tout crachés. Faites-vous une opinion, Sérénissime Lecteur.
Dans les deux derniers cas, c’est le côté «Big Brother is watching you» qui rend ces religions inacceptables. A tout bout de sourate, le Coran met en garde le croyant: Allah voit tout. Le Dieu des chrétiens, avec plus d’emphase poétique «sonde les reins et les cœurs», il faut comprendre par là que lui aussi voit tout. L’existence de cette Gestapo céleste ne peut que peser sur la vie et les activités du croyant catholique ou protestant. Surtout si l’on songe qu’on a greffé sur ce régime policier une géniale idée de marketing, le péché originel. C’est un truc qui a été repris de nos jours avec succès par l’industrie pharmaceutique: «Mais puisqu’on vous dit que vous manquez de vitamines!» Les Eglises ont su convaincre tout le monde ou presque qu’il nous manquait quelque chose dès le départ, la pureté adamique. (C’est la faute à cette péronnelle d’Eve, mais c’est une autre histoire.) D’où la nécessité de passer périodiquement chez le pharmacien spirituel pour renouveler son lot de pastilles rédemptrices. Ça a marché pendant des siècles mais on constate avec satisfaction que le consommateur chrétien se fait désormais réticent. L’Islam, en revanche, n’a pas de souci à se faire. Le consommateur musulman continue à consommer pour le plus grand bien de cette multinationale. Peut-être que leur publicité est mieux faite, allez savoir.
André Thomann


