La télévision, arme de destruction passive

On ne dira jamais assez combien l’irruption de la télévision dans les foyers fut un élément de destruction, non seulement des sociétés traditionnelles mais aussi de la civilisation.

Bienheureux ceux qui peuvent se préserver de cette forme d’aliénation d’autant plus pernicieuse qu’elle est volontaire. En effet, personne n’est obligé de presser le bouton de sa télécommande et de s’abreuver d’images dont la violence n’est pas seulement mentale, mais aussi physique. A chaque seconde, ce sont des millions de particules qui bombardent l’écran et le cerveau du téléspectateur. Les dommages collatéraux de ce « bobardement » qui dure en moyenne 3h22 par jour (c’est le temps que passent les Français devant leur télévision) sont difficilement quantifiables: perte du lien social, sentiment d’oubli, d’abandon pouvant conduire à la dépression, voire au suicide, troubles compulsifs comme l’obésité résultant de l’inactivité, stress, anxiété, chômage… En contrepartie, son effet hypnotique est tel qu’il plonge le téléspectateur dans la situation d’un adorateur devant son idole.

Tout est bon à l’homme pour échapper à sa condition de mortel. D’oú le lien puissant et invincible qui le lie à cette divinité dont l’œil unique fascine en même temps qu’il juge.

Son pouvoir est tel qu’il ne s’embarrasse même plus de vraisemblance. Les mensonges les plus grossiers, les volte-face quasi quotidiennes ne découragent pas le téléspectateur. Ce qui compte, c’est l’émotion. Chaque fois que le doute s’installe, une image choc, un meurtre, un attentat, une catastrophe le chassent aussitôt. C’est la technique du viol des foules comme l’enseigna le Russe Tchakhotine, comme le comprirent Staline, Hitler et le docteur Goebbels. N’est-ce pas Céline qui, dès 1933, prédisait: « L’homme ne peut persister dans aucune de ces formes sociales, entièrement brutales, toutes masochistes, sans la violence d’un mensonge de plus en plus massif, répété, frénétique… » Encore vivait-il à une époque oú le mensonge n’était pas institutionnalisé comme aujourd’hui grâce à l’omniprésence des médias et de la technologie. A ce rythme, on comprendra que tous les repères de la société traditionnelle aient volé en éclats. La violence, la pornographie diffusées de manière insidieuse sur nos écrans ne sont que des éléments d’une gigantesque machine à broyer les peuples ravalés au rang de bétail et destinés à finir comme lui dans l’assiette du consommateur.

Telle est la finalité anthropophagique de l’exploitation de l’homme par l’homme dont l’humanitarisme, support de l’idéologie dominante, n’est que le prélude sinistre. Des grands-messes d’aujourd’hui aux holocaustes futurs, il n’y a qu’un pas, celui qui sépare la civilisation de la barbarie. Le reste n’est qu’une affaire de goût.

Hervé Poupard

2 réponses à “La télévision, arme de destruction passive”

  1. farnoux regis dit :

    je reste lucide , et je n »ai pas la « reconnaissance du ventre »la television qui m’a permis de nourir ma famille reste un mediat dangereux…….
    mais c’est à chaque individu de savoir l’utiliser….probleme de la formation civique et politique des populations
    on pourra en parler pr’ochainement

  2. P.BOS dit :

    bonjour Mr. Poupard,

    Mon grand reve, rigolard mais tout à fait réalisable – dans le principe : Que des centaines – cela suffirait au début – de personnes expédient leur télé à l’élysé . Marrant et libérateur . Comment se fait il que ces programes de tv et la passivité engendrée ne déclenche pas une grande tristesse et d’incoercibles vomissement chez tout le monde ??

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