Le mépris des pauvres

et la politique du chômage dans l’Europe du 3ème millénaire

Le nouveau leitmotiv des gouvernements est l’homme travailleur. L’homme travailleur est l’antithèse du parasite. L’homme travailleur ne pense pas que tout lui revient. Il se prend en charge et n’épuise pas les ressources des services sociaux. C’est la raison pour laquelle l’homme travailleur est le démiurge de nos jours. Je reste interloqué par le manque d’affiches dans la rue ou dans les bureaux de chômage, avec des hommes musclés avec une faucille levée et à leurs côtés des femmes travaillant dans une lignée de production.

Il n’y a pas de mal là-dedans ; «travail» égale «valeur» sans laquelle aucune société ne pourra progresser. Les gouvernements actuels sont donc conçus comme des néo-prophètes qui assainissent à nouveau une société qui a perdu ses valeurs. Mais le problème est que le «retour au travail» n’est qu’un subterfuge au lieu d’être une politique, encore un moyen de heurter les pauvres, stigmatisant comme parasite celui qui ne parvient pas à subvenir à ses besoins par son propre travail et légitimant une procédure perverse consistant à donner plus à ceux qui ont le plus.

Comme le philosophe anglais John Locke (XVIIe) qui était persuadé que les pauvres sont responsables de leur pauvreté et que les riches ont dignement obtenu leur richesse. Raison pour laquelle il faut sanctionner les pauvres et primer les riches. Quand après quelques générations on verra que les pauvres se sont appauvris davantage et que les riches se sont enrichis davantage, les gouvernements pourront facilement stipuler que les pauvres sont de nature fainéante par rapport à la méticulosité lucrative et productive des riches.La création arbitraire d’un lien intime entre richesse, pauvreté et personnalité fut depuis toujours l’arme de préférence du darwinisme social. Si la règle sociale dominante est la survie des congruents («the suvival of the fittest»), on pourrait supposer que les riches sont les plus adéquats, ayant réussi à survivre. Des concepts sociaux tentèrent de présenter le succès et la survie comme des résultats directs de réflexions convenables et d’actes rigoureux. Même la philosophie morale et les religions eurent des difficultés à faire le point sur cette problématique.

Même si les religieux croient que les pauvres du monde des vivants seront accueillis par Dieu après leur mort et qu’alors ils bénéficieront de tout ce qui est à envier, le fait est que de plus en plus de gens s’appauvrissent sous une politique se globalisant progressivement et doivent survivre sans moyens suffisants. Le besoin impérieux d’expliquer comment et pourquoi des gens honnêtes, aspirant à travailler, échouent dans leur vie professionnelle et subissent une exclusion sociale, pose un problème à nos dirigeants. Selon la politique actuelle, les pauvres doivent être sanctionnés et méprisés. Une des manières de le faire consiste en l’obligation de rechercher du travail tout en sachant qu’il n’y en a point, transformant cette recherche en un rituel d’humiliation. On leur crée des queues dans des bureaux d’emploi, leur laissant comprendre que c’est de la gentillesse envers eux. Les offices responsables de l’emploi deviennent des offices responsables des signatures. Le nombre des gens qui y sont orientés s’accroît progressivement malgré les annonces prêchant le contraire de la part des gouvernements. Très peu y trouvent du travail.

Les nouveaux projets économiques européens condamnent la plupart des gens à une pauvreté éternelle. Nous vieillards du futur, seront condamnés à rester dans des habitations précaires difficilement payables, justement quand nos besoins s’accroîtront (santé, par exemple). Pas de vacances (comme pour les chômeurs), être content de pouvoir manger et avoir un toit. Pourquoi ne pas s’inscrire une fois au chômage, puis annoncer si la personne a trouvé du travail? Pense-t-on que les pauvres ont une prédisposition à mentir à l’Etat? Créer un formulaire d’annonce standard de la part des employeurs destiné, à chaque conclusion de contrat, à en informer les bureaux du chômage qui pourront savoir si la personne en question était au chômage ou non est-il impossible?

A t-on pensé aux employeurs qui refusent l’engagement de personnes pour des raisons diverses, arbitraires et incongrues (limite d’âge, par exemple)? Pourquoi ne pas créer un corps de travailleurs des bureaux de chômage dont le rôle serait de sortir du bureau et d’explorer ces cas? Comme d’autres employés (police municipale, par exemple) qui exercent leur métier en partie à l’extérieur. On pourrait alors fonctionner comme chercheurs d’emploi et non pas comme agents de répression de chômeurs. Dans la même optique, la création de corps ad hoc à connotation juridique et dont le rôle serait d’examiner rapidement des cas de licenciements abusifs pourrait être utile aussi pour des gouvernements qui prônent le travail comme un droit de tout un chacun selon les besoins personnels et du marché que pour les condamnés à la pauvreté.

David MILLER

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