Seuls des esprits faquins peuvent croire que les créationnistes ne s’occuperont pas de la Suisse. Il ne sert àrien de se voiler la face. Le Conseil de l’Europe vient même d’enterrer un rapport soulignant les dangers des théories créationnistes. Or il est prouvé que, dans plusieurs pays, sectes évangéliques, groupuscules islamiques et illuminés de la Genèse combattent le vieux Darwin.
Des groupes d’inspiration religieuse, nés il y a quelque vingt ans outre-Atlantique, expliquent l’histoire à la lumière exclusive de la lecture des textes bibliques de la Genèse. Les plus acharnés soutiennent que le monde a été créé en six jours et pas en un instant de plus, ou de moins.
Il en est d’autres qui acceptent l’idée d’une » mouvance » à plus long terme, mais toujours sous la férule d’un » créateur » suprême. En 2005, malgré la résistance des milieux scientifiques, un institut américain démontrait que 64% d’Américains, soutenus par l’inénarrable président Bush, souhaitaient le double enseignement à l’école, soit évolution et créationnisme.
Aujourd’hui, relayées par de multiples créneaux liés aux Eglises, les thèses créationnistes envahissent l’Europe.
Des exemples
En Pologne, le ministre de l’éducation, lié à la Ligue des familles polonaises (extrème droite), a condamné publiquement le darwinisme dès l’automne 2006. Selon lui, l’évolution n’est ´qu’une histoire à caractère littéraire qui pourrait servir de trame à un film de science-fiction. Le personnage est un spécialiste en littérature, il veut mettre à l’index des programmes scolaires des auteurs comme Goethe, Kafka ou Dostoïevski.
En Russie, l’Eglise orthodoxe défend au nom d’une ´législation internationaleª (qui est totalement inconnue) pour la liberté des parents à ne pas faire subir aux enfants un enseignement contraire à leur foi.
En Italie, la ministre de l’Education de Silvio Berlusconi, proposait en 2004 un décret visant à abolir l’enseignement de l’évolution dans le primaire et dans le secondaire.
En Angleterre, l’été dernier, après trois jours de rassemblement de créationnistes venus du monde entier, le plus important syndicat de professeurs a demandé une législation pour barrer la route à l’influence croissante de groupes religieux dans le système éducatif et à un enseignement créationniste de plus en plus souvent proposé dans les écoles publiques.
En Allemagne, dans une ville universitaire de la Hesse, des professeurs d’un lycée privé reconnu par l’Etat enseignent à leurs élèves qu’un » créateur » est à l’origine des différentes » catégories d’animaux « . Malgré la protestation de nombreux parents, le Land a estimé qu’il n’y avait pas d’infraction directe aux programmes.
Au début de l’année, un éditeur turc, Harun Yahya, a débarqué en France, avec un ouvrage sublimement illustré destiné aux enfants des écoles: L’Atlas de la Création. Le ministre de l’Education nationale, Gilles de Robien, prévenait que ce livre » est dangereux et ne correspond pas aux programmes scolaires « . Ce printemps, l’ouvrage est arrivé en Belgique et en Suisse.
Que faire?
Il s’agit une fois encore d’une question sur laquelle il vaudrait mieux agir que réagir.
La dérive des idées est comme celle des continents, elle réserve des surprises. Les pays de l’est de l’Europe notamment, longtemps interdits de religion par la dictature communiste, sont prêts à tomber dans les bras de tout ce qui porte une soutane ou un turban de gourou.
Le monde politique est-il conscient de cette menace? Ne pas voir le danger des thèses créationnistes est criminel pour les écoliers. Or, il ne semble pas, au vu du peu de commentaires que l’on entend ou que l’on lit sur ce sujet, que celui-ci soit important. Une situation qui ne surprend que les naïfs. Une frange du milieu est incompétente sur ce sujet, comme sur d’autres. Elle a surtout le cerveau lobotomisé. Mais encore, ces mêmes individus ont-ils pour habitude ancestrale de ne pas trop attaquer les religions, à tout le moins certaines. Ne constituent-elles pas un vivier de voix non négligeables pour les politiciens en mal d’élection ou de réélection? Et puis, comme l’avait dit un conseiller d’Etat vaudois en charge du Département de l’intérieur dans le précédent Conseil d’Etat lors d’une conférence de presse: » On est en pays chrétien… » Alors allez, circulez la messe est dite ou le culte!
Il faut cependant noter que ce désintérêt ou que cette ignorance feinte ou consciente sont propagés par des gens qui œuvrent ouvertement pour la destruction des sociétés démocratiques. Pour ces destructeurs le peuple doit obéir sans discuter, il doit accepter d’un bloc ce qui vient d’en haut. On sait ou l’on devrait quand même savoir où cela a mené jadis et on le voit quotidiennement de nos jours. Qui peut croire que celui qui se fait sauter pour tuer le plus possible » d’´infidèles » en hurlant le nom de Dieu se soucie de savoir ce que raconte la Genèse?
André Sprenger
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