Moon messie Coréen

Le Coréen Yong Myung, qui, par la suite, prendra le nom de Sun Myung Moon ou Père Moon, naît en 1920 à Sangsa Ri, actuellement Corée du Nord. Il est fils de paysans protestants. Si l’on en croit la biographie interne que rédigea un de ses principaux adeptes, Moon a une révélation à l’âge de 16 ans: il entend la voix de Dieu qui le charge de la haute mission d’instaurer son royaume sur la terre. L’événement se déroule comme suit: alors que le jeune Moon prie, Jésus lui apparaît une foi de plus – il le connaît en effet grâce à d’autres apparitions antérieures, et lui dit: « Je suis le Jésus qui vint sur terre il y a deux mille ans. Ma mission sur terre ne s’est pas encore accomplie. Tu en seras responsable. » Moon livre bataille avec Satan, bataille qui, toujours selon sa biographie, « fut si intense que si nous devions livrer un combat semblable, nous nous retrouverions dépecés. Seul le Père Moon est capable de lutter contre Satan ». Durant quarante jours, Moon est repoussé par Dieu et par Jésus. Il résiste. Jésus s’approche alors de lui et lui dit:  » Ta doctrine salvatrice est la vraie. C’est toi qui as raison. » Dieu approuve et répète: « Oui, c’est toi qui as raison. », messie coréen

Rien ne m’ébahit plus que l’approbation par des milliers d’adeptes de ces contes délirants qui ne devraient mériter que la camisole de force, qu’ils viennent de Moon ou d’autres gourous, et l’impuissance absolue dans laquelle nous nous trouvons face au fait d’avoir à reconnaître que les tromperies les plus absurdes sont porteuses des plus grands succès et débouchent sur de fastueux bénéfices de tout genre.

A 19 ans, Moon termine ses études secondaires à Séoul et, « sur indication de Dieu », s’en va au Japon pour devenir ingénieur en électricité. Rappelons que la Corée était à l’époque une colonie japonaise. Moon nous conte qu’il passe ses jours et ses nuits à pleurer en pensant aux souffrances de Dieu, de telle sorte qu’il ne réussit pas ses examens. Il se retrouve transportant le charbon d’un bateau jusqu’aux entrepôts du port. Les Coréens représentaient alors une main-d’œuvre bon marché et exploitable. Il s’affilie à des mouvements indépendantistes procoréens. En 1944, et également « sur indication de Dieu », Moon retourne en Corée. Un an plus tard, le Japon est vaincu et la Corée divisée entre Russes et Américains. En 1945, il part pour la Corée du Nord et installe son premier kiosque religieux, obligeant ses adeptes à l’accompagner de jour et de nuit, à chanter des hymnes et battre des mains. Il acquiert d’amblée mauvaise réputation et doit s’enfuir vers la Corée du Sud. En 1946, commence la « vraie mission » du Père Moon sur la terre. Il entre en contact avec l’Eglise de l’intérieur du ventre, un groupe de fanatiques qui attendent la venue du deuxième messie. Les communistes les mettent tous en prison. Moon, toujours selon sa biographie, est torturé, meurt, revient à la vie, récupère la santé au bout de cent jours et se consacre enfin à sa mission. En 1951, il s’installe à Pusan et construit une cabane avec des pierres et des cartons qui sera le départ d’un des plus florissants empires économiques actuels. Il n’a d’autre recours que celui de sa propre psychopathologie qui le porte à se nommer lui-même Seigneur de la Deuxième Venue. En 1955, Moon et plusieurs dirigeants de sa secte sont à nouveau mis sous les verrous pour avoir créé autour d’eux un mal-être social d° à la mauvaise réputation sexuelle de Moon et à tous les rites sexuels célébrés dans son église. On l’accuse d’adultère et de bigamie. Son très mauvais renom se devait aussi à son historique matrimonial.

Son premier mariage est célébré en 1945 mais ne dure que quelques années. Prétextant une révélation divine, Moon abandonne épouse et enfant et se met en ménage avec une de ses disciples, une certaine Kim. Il abandonne également Kim, s’enfuit en Corée du Sud et épouse Ch’oe Son Gil avec laquelle il a un enfant. Durant quelque temps, ou il est abandonné ou il abandonne, laissant toujours des enfants derrière lui. Enfin, en 1960, il épouse Han. Moon a alors 40 ans et Han est une étudiante qui n’a pas 18 ans. Elle est la fille d’une fanatique de l’Eglise de l’intérieur du ventre. Moon raconte: « Beaucoup de fils de Satan lui envoyaient des lettres, ce qui m’obligea à la sortir de l’école où elle étudiait et à l’emmener à l’île de Saishu. Là-bas, nous menions une vie de végétariens et de prière. Je pris soin de l’éduquer pour qu’elle demeure pure et vierge jusqu’à ce qu’elle rencontre le messie. » La pauvre Han rencontra en effet le messie puisque sa fanatique mère n’hésita pas à la marier avec Moon qui la qualifia « d’Eve et de vraie mère universelle ». On ne sait si les accouchements furent célestes et si elle demeura vierge malgré les quatorze enfants que Moon lui imposa sans compassion, mais ce qu’on sait, c’est qu’il la traita toujours comme une esclave. Voici une confession de Moon à ses intimes: « Le rôle du messie commença dans une geôle. J’appliquai donc ce principe à la mère, et ce même principe sera appliqué à tous mes enfants. Par conséquent, chers disciples, je ne puis user d’une autre méthode avec vous. » A partir de 1970, Moon s’installe à New York où il est à nouveau emprisonné en 1984 durant dix-huit mois. Il se rebaptise « Rayon lumineux ». Aujourd’hui 40% des adeptes de sa secte est issu du protestantisme et 36% du catholicisme. Un passage des plus simples entre un gourou et un autre.

Si nous analysons en détail la vie de Moon et ses circonstances, nous constatons qu’il est profondément ambitieux et qu’il ressent envers la société une infinie rancœur. C’est un pur exemple de développement d’une paranoôa exogène, psychopathologie issue de causes extérieures à sa personnalité paranoôde. Ainsi s’explique que le jeune Moon, rempli d’amertume et humilié par la domination étrangère et la division de sa patrie coréenne, par la persécution et l’intransigeance religieuse, par sa situation de famille (il semblerait qu’il fut un enfant illégitime et répudié), et par la répression et les mauvais traitements communistes, il ait fini par développer le délire du rédempteur: l’unique homme qui soit capable d’unifier et de redonner une dignité à la religion et à la politique, de créer « la famille idéale », de diriger une puissante politique nationaliste locale et une campagne furibonde anticommuniste. Il lui fallait aussi devenir très riche pour compenser les misères de son enfance et de sa jeunesse.

Moon parle personnellement avec Dieu, avec les grands chefs religieux, avec les saints et même avec Satan. Au cours d’une de ses multiples conversations avec Jésus, ce dernier lui confessa que s’il avait échoué sur terre, c’est parce qu’il ne s’était jamais marié. La « famille parfaite » est une des obsessions de Moon et il a établi une curieuse liturgie autour du mariage. Selon lui, la Vierge Marie fut adultère et, par conséquent, Jésus fut illégitime. Comme lui? « La pomme d’Adam et Eve fut un coôt prématuré » et le sexe est pour Moon le grand péché qui condamne l’humanité. Ses plus de vingt enfants furent donc sans aucun doute conçus par ordre du Ciel. Seule la pauvre Han fut aux prises avec des anges inséminateurs sans pitié! Et enfin, pour Moon, la Troisième Guerre mondiale sera la mesure prise par Dieu pour que le monde entier soit rénové.

Les adeptes de Moon vivent en communautés mixtes, appelées familles, avec séparation des sexes. La chasteté est draconienne. Dans chaque appartement ne s’entassent pas moins de douze personnes, ce qui rend impossible une intimité quelconque. Les adeptes dorment sur le sol. Il est interdit d’être seul. Les salles de bains n’ont ni clé ni verrou. Les rares moments de loisir sont planifiés et dirigés par le chef de chaque communauté. Les portraits de Moon et Han ornent toutes les pièces; avant chaque repas, tandis qu’on dirige une prière au Père Moon, on lui offre, sur un petit autel où trône sa photographie, une assiette remplie d’aliments. Il faut sans cesse chanter, prier, confesser ses péchés, étudier la doctrine. Il faut aussi travailler seize heures par jour. Les adeptes qui ont une relation affective (frères et sœurs, fiancés, amis) sont automatiquement séparés et destinés à des communautés éloignées les unes des autres. Ils ne se revoient parfois jamais.

La secte est une structure pyramidale parfaitement organisée, une efficiente théocratie. Mais si la structure de la communauté est simple, la structure internationale est une véritable toile d’araignée, composée par cent soixante sociétés multinationales et plus de deux cent soixante-dix associations dissimulatrices. Elles sont toutes contrôlées, en apparence, par les hommes de confiance du messie, mais en réalité elles sont toutes contrôlées par Moon, avec de continuels déplacements d’hommes et de capitaux dans tous les pays. Exactement comme les dirigeants de l’Opus Dei, des Témoins de Jéhovah ou de la Scientology Church (Dianetica), Moon ne possède rien à son nom. Son but est simple: contrôler le monde, contrôler la politique, l’éducation, la religion, la science, les finances. « Dieu ne pourra être heureux que de cette façon » proclame-t-il tandis qu’il amasse millions de dollars et pouvoir pour son ciel.

Les organisations moonistes sont si nombreuses qu’il nous est impossible de les citer toutes. Nous indiquons seulement les plus connues: Eglise pour la fondation et l’unification du christianisme universel, Croisade internationale pour un monde uni, Association chrétienne supra-confessionnelle, Fondation mondiale de l’aide et de l’amitié, Académie des professeurs pour la paix mondiale, Ligue mondiale anticommuniste, Fondation internationale pour l’avancement de la médecine biologique, Conférence internationale pour l’unité des sciences, Association pour la préservation des libertés religieuses, Fondation internationale pour la rééducation, Mouvement européen pour la paix. Actuellement l’organisation se situe parmi les premières cent cinquante fortunes privées mondiales.

De nombreux journaux appartiennent à Moon, comme le Washington Times dont l’influence mondiale est de plus en plus grande à travers les ambassades américaines, et le News World, qui possède une édition espagnole, Noticias del Mundo. En 1980, la secte Moon se met au service du reaganisme le plus dur et de l’extrême droite américaine, tant laïque que cléricale. Le Washington Times sera des années durant le porte-parole officieux de la Maison-Blanche, ce qui permettra aux hommes de Moon d’atteindre un pouvoir insoupçonnable qui déstabilisera l’Amérique centrale. Existent une infinité de revues et de journaux, locaux ou nationaux, qui véhiculent de façon dissimulée la doctrine et le revanchisme politique de Moon. Sur le continent européen,de nombreux éditeurs partagent ses intérêts idéologiques et économiques, et par conséquent de propagande; rappelons la découverte, en 1984, du compagnonnage de Hersant – éditeur du groupe Le Figaro – avec Moon, qui contribua aussi généreusement à mettre en marche le Front national de Jean-Marie Le Pen. Pour exprimer sa reconnaissance, Le Pen fit en sorte que deux adeptes moonistes siègent à l’Assemblée française (l’un d’eux fut Pierre Ceyrac) et qu’un troisième ait sa place au Parlement européen. Durant les élections de 1989, la secte Moon, à travers CAUSA (Confédération des associations pour l’unité des sociétés d’Amérique), appuya et finança le Front national français de Le Pen et le Front national espagnol de Bias PiÒar. Aidant aussi aux travaux de sape les émissions de radio et les programmes télévisés, les contacts du messie avec des personnages de haut niveau, politiques et militaires avec charges gouvernementales, et les accords avec les mafias internationales comme la Loge P2: la secte cacha et protégea Licio Gelli lorsqu’il s’évada de la prison suisse oùon l’avait enfermé et le conduisit en Uruguay. A Madrid, les moonistes possèdent dans les universités un réseau important de professeurs dévoués à leur cause, comme Ricardo de la Cierva. Et enfin, le 5 décembre 1985, l’état-major de la secte fut reçu par Jean Paul II au Vatican* et obtint sa bénédiction pour ses projets d’implantation en Espagne et en Amérique du Sud. De nombreux dignitaires de l’Eglise catholique, ultraconservateurs d’Amérique latine, collaborent ouvertement avec la secte. Bons services rendus de secte à secte.

Le « foundraising » est la base de sa structure financière: recette de fonds pratiquée dans la rue à travers la vente de fleurs, bijoux, parfums, ou le don pour une œuvre de mission chrétienne en échange d’un vulgaire imprimé. Le « foundraising » est réalisé selon une technique dépurée et efficace et occupe généralement seize heures de la journée des adeptes, avec une pause très brève pour l’ingestion d’un sandwich. Les équipes moonistes n’ont pas que le but et le devoir de ramasser le plus d’argent possible et de se livrer au prosélytisme, elles doivent aussi collaborer avec certains candidats politiques durant les campagnes électorales. Comme dans toutes les sectes qui se consacrent au vampirisme des rues, chaque adepte doit travailler jusqu’à la limite de ses forces pour rapporter le recouvrement imposé, dont on exige l’augmentation quotidienne. S’il n’y parvient pas, on le culpabilise et on l’oblige à réaliser « une pénitence pour le péché de ne pas avoir accompli les projets que Dieu lui avait confiés personnellement ».

Moon n’est pas chiche lorsqu’il met sur pied pour Dieu une structure d’entreprises: fabrication et exportation d’armes de guerre; titane pour l’industrie aéronautique; porcelaines; production, élaboration et commercialisation de ginseng sous forme de thé ou comme base pour la fabrication d’une longue liste de produits pharmaceutiques et cosmétiques; flottes de pêche; conservation et distribution de poisson; chantiers de construction maritimes; imprimeries; librairies; kiosques de vente de fleurs; services de nettoyages; transports nationaux et internationaux; agences de voyages; pâtisseries; bijouteries; fourrures; salons de thé; hôtels; presse; radio; télévision; cinéma; écoles de karaté. Il est impossible d’épuiser la liste. Certaines de ces entreprises sont des multinationales dont le pouvoir financier est énorme, comme par exemple la Tong II Industries, qui fabrique des armes; la Hwa Pharmaceutical, qui contrôle 80% de la production et commercialisation du ginseng coréen. En Espagne, la Tong-II S.L. se classe entre les dix compagnies les plus importantes du monde d’importation du ginseng mooni. La Oceanic Enterprises et ses filiales se sont approprié tout le négoce de la pêche et Moon possède à lui seul un cinquième de la flotte de pêche américaine. Les maisons-mères de chaque secteur n’investissent pas un seul dollar dans la création des filiales qui se montent uniquement à partir du « foundraising » pratiqué par les jeunes missionnaires.

La secte de Sun Myung Moon prétend avoir regroupé trois millions d’adeptes et s’être implantée dans cent vingt pays. Il semblerait que ces chiffres soient supérieurs aux réalités. En Espagne, les moonistes sont surtout localisés à Madrid et Barcelone, bien qu’ils essaient de s’infiltrer dans d’autres provinces. Ils possèdent une propriété à Navas del Marqués (Avila) destinée à l’endoctrinement intensif des néophytes. Malgré ses excellents contacts avec la droite (partie la plus conservatrice du Parti populaire) et l’extrême droite, la secte est considérée comme illégale. Le Ministère de l’intérieur lui a refusé six fois de suite son inscription officielle sous quatre dénominations différentes. Nous nous posons donc les questions suivantes: si ce groupe n’est pas légal, pourquoi lui permet-on d’agir sans entraves là où il lui en prend l’envie et de financer les partis politiques? Double morale s’il en est une. Mystérieux sont les desseins des dieux inventés de toutes pièces, mais encore beaucoup plus mystérieux sont ceux des partis politiques mondiaux en général et de l’Administration espagnole en particulier. Et quelle explication donner à la réception qu’offrit le roi Juan-Carlos à un groupe de notables moonistes*? Ban Ki-Moon succède à Kofi Annan. L’ONU sera présidée par la secte Moon de 2008 à 2009.

Le mot délire signifiant « trouble mental caractérisé par la confusion des idées », nous ne pouvons que conclure que le monde dont nous sommes irrémédiablement prisonniers est un monde délirant reflet de délires consentis qui fabriquent impunément fortunes multimillionnaires, enchevêtrements de conspirations politiques et économiques, puissances occultes, et abus de pouvoir renforcés par tous les gouvernements et les grands mouvements religieux qui gardent sournoisement le silence mais ouvrent leurs portes.

Mélanie Lafonteyn,

psychopédagogue, écrivaine, lafonteyn@hotmail.com

* Voir photographies des réceptions de Wojtyla et du roi d’Espagne dans les livres du journaliste Pepe Rodriguez Le pouvoir des sectes, et lire Conspiration Moon Ediciones B, S.A. Barcelone.

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