Les grands monothéismes ne se distinguent pas par leur modestie. Il faut qu’ils se montrent, pour des raisons évidentes de marketing. Les grandes cérémonies vaticanesques (qu’est-ce qu’il peut avoir l’air con avec sa mitre, Machin, et son costume blanc soigné et repassé impec par une nonne fanatique) ont surtout pour but de conforter les fidèles dans l’idée qu’une religion avec autant d’apparat ne peut pas être une mauvaise religion. Et si par là même on peut attraper quelques mécréants que ce faste impressionne (j’ai connu des cas), alors tant mieux, tant mieux!
Le judaïsme en tant que tel est plus discret. Le prosélytisme n’est pas son fait. C’est même la croix et la bannière (façon évidemment de parler) de vouloir devenir juif. Mais sur un plan individuel, on trouve des cas d’exhibitionnisme qui sont plutôt du ressort de la manie inoffensive. On voit le samedi matin, dans ma bonne ville, des juifs de stricte observance, chemise immaculée, costume noir, chapeau casher et surtout barbe taillée au cordeau s’empresser vers la synagogue de leur choix. Quitte à passer pour un énergumène, j’ai toujours envie d’en apostropher un en lui disant: « Alors, pépère, on porte l’uniforme? Tu as trouvé oô dans l’Ancien Testament, cette obligation de déguisement? » Puis je me retiens, il faut que l’énergumène, ça soit lui.
L’islam, lui aussi, cherche à marquer son territoire. D’abord par sa tenue et surtout celle de sa femme, la pauvre. Tel touriste bédouin engraissé par le pétrole se promènera en arborant par temps chaud un t-shirt qui va l’empêcher de trop transpirer, et trottinant derrière lui (à ses côtés s’il est musulman libéral), une épouse croulant sous autant de couches de vêtements qu’une Laponne qui doit faire face aux rigueurs de l’hiver. Comme dans le règne animal, il appartient à un des sexes de signaler, par sa tenue flamboyante, la beauté de l’espèce et subsidiairement d’attirer par là même un copulateur éventuel. Sauf que ces femmes arabes ne sont guère flamboyantes, tant s’en faut.
Pour l’anecdote, j’ai vu (de mes yeux vu) dans une rue chic des musulmanes en tenue « laponne » s’extasier devant une vitrine où étaient exposées des robes légères (celles qui sont chantées par Souchon) et des sous-vêtements féminins coquins. Il doit y avoir un érotisme arabe dont nous, les Occidentaux décadents, n’avons aucune idée.
Les musulmans ne manquent jamais une occasion de se signaler comme une religion de masse, donc véridique. Le pèlerinage de La Mecque donne lieu à des images dans les médias qui vont nous prouver l’ampleur du phénomène. « C’est pas beau, tous ces musulmans réunis, et ce n’est qu’une petite partie de tous les croyants? « Les grands rallyes du IIIe Reich opéraient pareil: » Vous avez admiré nos arrangements disciplinés, nos oriflammes, nos chants virils, alors n’hésitez plus, devenez membres de notre parti et d’ailleurs y en a pas d’autre. »
Nous voici donc comblés en Suisse par une affaire des minarets. C’est-à-dire d’une tentative d’exhibitionnisme de la part d’une religion qui a quelques siècles à rattraper. Les cathédrales avaient cette même fonction de d’abord attirer le regard. Elles n’ont souvent plus qu’un attrait touristique. C’est la raison pour laquelle on ne les démolit pas pour laisser le terrain aux promoteurs immobiliers dont plus d’un doit saliver en pensant à ce terrain et à ces mètres carrés situés en plein centre des villes et d’un prix inestimable. Mais si on maintient l’existence de ces édifices pour des raisons qui sont plus sentimentales que religieuses, il n’y a pas de raison d’en ajouter d’autres qui seraient d’abord importées et dont le caractère ensuite pourrait avoir des tendances grandioses propres à hérisser des autochtones farouches. Quant au muezzin que les musulmans donnent pour pendant du bim-bam des cloches chrétiennes, il semble qu’à une époque où tout un chacun, quelle que soit sa religion, possède une montre-bracelet, sa nécessité ne parait pas évidente.
Le débat sur ces minarets montre à l’envi la naïveté de ceux qui prétendent y participer, et leur ignorance. Le raisonnement est le suivant: les religions doivent avoir des lieux de culte: or, l’islam est une religion: donc il faut leur accorder des mosquées. Cela parait raisonnable au premier abord. Sauf que la première des prémisses est fausse, ou plutôt incomplète. S’il n’est pas opposable que l’islam est une religion, elle n’est pas que cela. Elle est aussi un mode de vivre contraignant et qui ne demande qu’à se superposer au nôtre. Ainsi nos piscines sont mixtes sans que cela fasse problème. On y voit des gens semi-nus des deux sexes et si quelquefois on y trouve des voyeurs venus se rincer l’œil, il s’agit, selon une définition pertinente d’un « crime » sans victime. Or une dame Karmouse, qui est quelque chose dans une association musulmane de Suisse, voudrait introduire des heures différenciées pour les sexes, les garçons à telles heures, les filles à d’autres. Et vous verrez qu’il se trouvera des municipalités pusillanimes pour accéder à cette demande exorbitante. La même prophétesse demandait au lendemain de l’affaire des caricatures qu’on introduise dans la loi suisse un additif sur le blasphème. Pas moins!
Ensuite, le Coran est aussi un ouvrage législatif, à la fois un code civil et un code pénal. Dans les deux cas, ses prescriptions sont contraires au droit suisse. Lequel, dans un témoignage, accorde la même valeur à la déposition d’une femme. Le droit suisse ne punit pas l’adultère par la lapidation. Toutes les pierres du Salève ne suffiraient pas à punir ces dépravés. De même, notre code pénal traite le voleur non pas par la chyrotectomie (là, je ne suis pas sûr du mot mais j’aime faire le mariole à l’occasion) et se contente de l’incarcération, voire la réclusion dans les cas graves. Le Coran non seulement procède à l’ablation de la main coupable mais du pied, de la seconde main puis du deuxième pied en cas de récidive, ce qui peut faire douter de l’efficacité initiale de la procédure.
De fait, le musulman de première classe ne peut qu’ignorer le droit suisse puisque le droit coranique est issu d’Allah lui-même, donc parfait, faut pas charri(a)er là-dessus, tandis que nos misérables codes occidentaux sont l’œuvre d’hommes faillibles qui n’ont fait que bricoler un truc inacceptable. De sorte que ledit musulman se pliera aux ukases locaux, comme nous le déclarent d’hypocrites imams, parce qu’il ne peut pas faire autrement; mais dès que l’occasion se présente, il demandera une dérogation. Ainsi, la loi sur l’instruction publique de nos cantons stipule que l’école doit être gratuite, obligatoire et dans certains cantons laïque nom de Dieu! Et que les élèves doivent suivre tous les cours sinon… Or, il va se trouver des fanatiques qui demanderont que leur pucelle de fille soit dispensée des cours de biologie oôon apprend des horreurs darwiniennes et nommément de la partie des sciences de la vie qui a trait à la conjonction des sexes. La petite Laïla ne doit pas savoir avant l’heure ce qu’est un pénis, ça sera toujours assez tôt quand elle verra son premier (et le seul de sa vie si elle est sage) le soir de ses noces. Cela me rappelle un épisode cocasse de ma propre expérience. Ma fille, puis mon fils, en ‚ge d’école primaire, devaient bénéficier, ainsi que la loi, mais aussi une vision raisonnable des choses, le demande, d’une leçon d’initiation sexuelle (je veux dire théorique). Ma fille avait alors l’âge de la dernière épouse de Mahomet, pour situer les choses. Les parents étaient invités à une séance préalable où il leur serait certifié que rien de scabreux ne serait dit aux enfants. En fin de partie, les organisateurs de cette réunion demandèrent, un peu gênés, il faut être juste, aux parents présents de signer une décharge: ils acceptaient que leurs enfants assistassent à ce complément d’éducation. Sous le regard goguenard de ma femme, je déclarai que je ne signais rien du tout. « Vous ne voulez pas que votre fille… » Naturellement que je le voulais, mais je ne voyais pas pourquoi pour les leçons de grammaire, d’arithmétique, de géographie on se passait de mon aval et que là, tout d’un coup, on avait besoin de mon paraphe. Ma femme se marrait et les organisateurs aussi, il faut le dire. Ils savaient que cette demande qui venait de haut lieu et dont ils n’étaient en rien responsables avait pour seul but d’éviter des emmerdes avec les papas coincés de Laïla, de Mustapha, mais aussi, soyons complets, de Bernadette, de Conchita et de Pablo. Ces maudits géniteurs, ayant macéré trop longtemps dans des religions abusivement puritaines, demandaient ni plus ni moins qu’on fasse une entorse au droit suisse pour que leur tyrannique prophète les juge dignes d’entrer plus tard au paradis d’Allah. Nous sortons, à grand peine, de deux mille ans de sexophobie grave. Plus même si on tient compte des excités qui mirent le feu à Sodome, en prétendant sans preuve que c’était carrément l’œuvre de Jahvé. Il est à noter que cette sexophobie n’est pas le fait de Jésus qui n’a jamais parlé de sexe. Ce qui paraÓt suspect et propre à jeter le doute sur l’authenticité des quatre Evangiles gardés par l’Eglise. Jésus, en bon juif, ne se serait jamais prononcé sur l’homosexualité, dans un sens ou dans l’autre? Allons donc! Qui n’aurait jamais clarifié ses relations avec les putes qu’il fréquentait. Dans un sens ou dans l’autre. Il aura fallu attendre saint Paul pour qu’enfin on parle de nouveau de sexe, pour n’en dire que du mal d’ailleurs. L’Eglise a tiré de calamiteuses conclusions des déclarations du réparateur de tentes et civis romanus.
Et voilà que nous arrivent d’autres excités, avec armes et bagages et avec leurs mœurs surannées. Au nom d’un code que nous avons nous-même fixé, celui de la liberté de religion et de culte, nous nous devons de les accepter. Mais en échange de notre hospitalité, nous pouvons leur demander d’être le plus discret possible, comme le sont désormais nos religions autochtones. Genève, la Mecque (non, je plaisante) de la laïcité, interdit les rabats, les cornettes, les soutanes en public et les processions. Je ne sache pas que la foi catholique y ait perdu en intensité chez ceux qui la possèdent. Que les tenants d’une religion plus luthérienne, calviniste en l’occurrence, se soient sentis brimés. Ce qui manque aux musulmans, c’est une intériorité. Les tenues vestimentaires dictées par la foi, la prière en public, le je°ne agressif, le pèlerinage d°ment relaté par les médias, tout cela semble de façade. Allah, si Allah il y a, n’en demande certainement pas tant. Alors on va dire comme ça: oui à un lieu de culte, mais qu’il ne soit pas voyant mais discret comme le sont désormais les nôtres. Donc non à des minarets superflus. Il se construit en ce moment à Duisbourg la plus grande mosquée d’Allemagne. Un édifice somptueux dont il est à craindre qu’il est construit plus à des fins de propagande que pour la commodité des croyants. On peut d’ailleurs se demander qui finance un tel projet, en se remémorant un vieil adage qui dit que qui paie commande. S’agirait-il par hasard d’un cheval de Troie. Raison de plus pour demander par chez nous des projets moins grandioses. On devra en outre demander que les musulmans acceptent, par une déclaration solennelle, d’adhérer pleinement au droit suisse et de ne pas chercher à le contourner. Traitement inégalitaire de certains citoyens? C’est qu’on a cette douloureuse impression qu’un musulman suisse est d’abord dépendant d’Allah et ensuite seulement de la constitution de son pays. Il faudra qu’il se décide.
André Thomann


